Bigoni ・ Solborg ・ Brow – Hopscotch (2011)
Voici un trio de musiciens dont l’album m’accompagne souvent vers le sommeil, ces derniers temps. Francesco Bigoni est italien, il joue du saxophone ténor. Mark Sölbörg est danois, c’est lui le guitariste et Kevin Brow est batteur, il vient du Canada. Rassurez-vous, quand il faut parler le langage de la musique, ces trois-là sont du même monde et partagent la seule langue qui vaille, celle de la sensibilité et de l’émotion.
Je ne m’attarde pas sur l’exceptionnelle qualité de ces musiciens, elle saute aux oreilles et éblouit direct. Ce qui interroge plus c’est la singularité de ce trio, sans piano ni batterie, mais qui fonctionne à merveille. A l’écoute, il semble que ce soit Sölbörg, avec sa guitare qui serve de liant et permette cette extraordinaire homogénéité. L’écouter est un régal.
Pour situer cette musique ce n’est pas si simple, même s’il est aisé de l’écouter. Les pièces lentes sont souvent assez free, pas dans le cri, mais avec des spirales, des courbes, où chacun joue une part de cette magie à trois qui s’instaure, dans un déséquilibre apparent, pourtant harmonieux.
Bien qu’il y ait une part écrite, et que deux pièces semblent complètement improvisées, l’impro est ici chez elle. Les arrangements prévoient des espaces abondants de liberté et de création spontanée, c’est un régal de sentir les trois en profiter à fond et présider à un nouvel équilibre, parfois fragile, mais toujours passionnant.
Bigoni a composé cinq pièces, un peu à l’avant, il est aisé à suivre dans ses évolutions, partenaire à l’écoute de ses collègues, il sait également se mettre de côté et dialoguer, comme sur « Not Interesting, But True » où son échange avec Sölbörg réjouit.
Kevin Brow est également passionnant, jouant comme un commentateur, ne se bornant pas à jouer le rythme, il donne de l’espace et de l’air à la musique, la rendant libre et vivante, c’est son moteur et ce choix en fait un élément essentiel du résultat final, souvent aérien et créateur d’une troisième dimension, tellurique ou spatiale.
Le Cd est présenté dans un carton plié en forme de petit coffret, il y a très peu de renseignements mais l’album est beau et trouvable à petit prix.