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Feeling "blues"
Suite ICi : Hhttps://www.senscritique.com/album/cheap_thrills/critique/219234044Le soir du 3 octobre 1970, Janis Joplin rentra seule dans la chambre 105 du Landmark Motor Hotel, à Hollywood. Elle...
le 8 sept. 2025
Suite ICi : H
https://www.senscritique.com/album/cheap_thrills/critique/219234044
Le soir du 3 octobre 1970, Janis Joplin rentra seule dans la chambre 105 du Landmark Motor Hotel, à Hollywood. Elle venait de récupérer un paquet de cigarettes à la réception, où elle avait échangé quelques mots avec un employé, qui la décrirait plus tard comme « amicale, mais agitée ». L’hôtel était calme. L’écho de ses bottes dans le couloir fut l’un des derniers sons qu’elle fit entendre hors de cette chambre.
Plus tôt dans la journée, elle avait appelé plusieurs fois son régisseur. Elle avait téléphoné plus d’une fois à la réception, demandé une voiture qui ne vint jamais, et attendu dans le hall plus longtemps que quiconque ne sembla le remarquer. Sa Porsche, peinte de tourbillons psychédéliques flamboyants, restait garée dehors, intacte depuis la veille au soir. Janis errait dans les couloirs de l’hôtel, cherchant chaque visage d’un regard inquiet. Elle paraissait attendre. Elle paraissait seule.
Elle avait prévu d’enregistrer le lendemain les voix du morceau Buried Alive in the Blues. La session devait avoir lieu au Sunset Sound, et elle en avait parlé avec enthousiasme lors d’un appel à son producteur, Paul Rothchild. Elle semblait alors de bonne humeur, presque joyeuse. Mais au fil des heures, personne ne vint. L’excitation s’éteignit. Ses dernières interactions, brèves, polies, mais vides, laissèrent derrière elles une traînée de questions sans réponse.
Janis avait l’habitude des foules, de l’adoration, des applaudissements. Elle enflammait les salles de concert et brûlait ses performances comme une flamme sur l’essence. Mais quand les spectacles s’achevaient, le silence reprenait ses droits. Les amis allaient et venaient. Les amants s’éloignaient. Sa voix, brute et magnifique sur scène, avait toujours caché une fragilité que peu comprenaient. Cette nuit-là, alors que personne n’arrivait, le silence revint.
On savait qu’elle était vulnérable aux tourments émotionnels. Le rejet, même léger, l’atteignait profondément. Ce soir-là, elle avait tenté de joindre un vieil ami, qui ne rappela jamais. Elle avait aussi quelques projets flous avec son amant intermittent, Seth Morgan, mais il était resté à San Francisco. Ces rendez-vous manqués n’étaient pas seulement des déceptions pratiques ; ils reflétaient une vie entière de quête de liens et de découvertes d’absences.
À un moment de la soirée, elle ressortit pour acheter de la monnaie destinée au distributeur de cigarettes. Elle croisa quelques employés de l’hôtel, lança une plaisanterie, sourit. Puis elle reprit le couloir, les épaules légèrement voûtées, la tête basse, absorbée dans ses pensées. La porte de la chambre 105 se referma derrière elle pour la dernière fois.
Le lendemain matin, son groupe et son équipe s’inquiétèrent lorsqu’elle manqua l’appel du studio. Son régisseur, John Cooke, se rendit à l’hôtel et demanda au personnel d’ouvrir la porte. À l’intérieur, il la trouva étendue sur le sol, tenant encore de la monnaie dans une main. Une cigarette à moitié consumée reposait dans un cendrier, et une bouteille de Southern Comfort sur la table de nuit.
Le rapport du coroner confirma plus tard une overdose d’héroïne. Ses amis peinèrent à comprendre comment une personne si vibrante, si pleine de projets, avait pu disparaître en une nuit. Mais ceux qui la connaissaient intimement avaient vu cette possibilité se dessiner depuis des mois. Ce n’était pas une seule décision, une seule dose, ou une seule mauvaise soirée. C’était des années de blessures invisibles, accumulées sous la gloire, la musique, et le besoin désespéré d’appartenir.
Janis Joplin mourut à 27 ans, entourée du silence qu’elle avait toujours redouté. Cette dernière nuit, passée à composer des numéros et à errer dans les couloirs seule, fut un écho déchirant de la solitude qu’elle portait, même quand le monde entier la regardait.
Elle laissa derrière elle une chambre emplie de musique inachevée, de mots jamais prononcés, et un monde qui, hors de la scène, ne l’avait jamais vraiment vue.
Publication de "Le monde littéraire"
Créée
le 8 sept. 2025
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