Bon honnêtement.
J’avais totalement lâché la première écoute au bout de la 5ème track. Le projet m’a réellement déçu vu le marketing énorme autour de l’album et surtout de sa commu OVO (qui ne connait vraisemblablement rien au Hip-Hop ni à n'importe quel autre genre musical pour définir Honestly Nevermind comme meilleur projet House ou n'importe quel autre projet de Drake qui part sur un nouveau genre) sur Twitter qui nous a survendu un prétendu retour monumental alors que le résultat final en est très loin.
Et honnêtement, on ressent immédiatement sur l’album que son année 2026 l’a marqué, mais clairement pas pour les bonnes raisons. Drake paraît encore traumatisé par sa défaite face à Kendrick (le nain de Compton comme l'aiment appeler les groupies de Drake) et surtout par deux des diss les plus violentes de la décennie avec *Meet the Grahams* et *Not Like Us*, qui ont complètement détruit sa position dans ce beef, sans parler de son comportement ridicule avec son dépot de plainte au tribunal, une première dans l'histoire du Hip-Hop, comment dire que Pac se retournerait dans sa tombe en voyant ça...
Là où il aurait été beaucoup plus intelligent de tourner la page et de se reconcentrer sur sa musique, il passe pourtant les trois quarts de l’album dans une posture victimaire permanente, comme s’il voulait adopter une aura à la Me Against the World.
Sauf que la comparaison ne fonctionne pas. (T'es pas Nas et j'suis pas Jay Z pour ceux qui ont la réf)
Quand 2Pac sortait Me Against the World, il incarnait réellement cette figure paranoïaque et isolée : problèmes judiciaires, sentiment d’être poursuivi, tensions avec l’industrie, violence omniprésente autour de lui, solitude psychologique, tentative d’assassinat en 94… Tout l’album reposait sur une douleur sincère et une profondeur émotionnelle immense.
Chez Drake, cette posture sonne artificielle parce qu’il reste malgré tout l’artiste le plus installé, le plus streamé et le plus protégé de sa génération, il est lui-même un produit de cette industrie mainstream et du système. Du coup, ce discours de “tout le monde est contre moi” crée surtout une énorme dissonance et finit presque par ridiculiser encore davantage l’image déjà fragilisée qu’il traîne depuis le beef le faisant passer pour le fils de bourge ayant grandi avec une cuillère en or dans la bouche qui est juste mauvais joueur et fait son caprice d'enfant gâté, sauf que Drake a 39 ans et qu'il père d'un enfant...
Et surtout, Kendrick lui a fait perdre quelque chose qu’il contrôlait depuis plus d’une décennie : le récit public.
(comme quoi la taille, ça compte pas).
Avant ce clash, Drake maîtrisait toujours :
* les tendances,
* les memes,
* les réseaux,
* les charts,
* et surtout son image de vainqueur permanent, comme en témoignait sa victoire logique en 2015 contre Meek Mill avec Back to Back où il contrôlait le récit et dictait le rythme, aujourd'hui c'est tout l'inverse.
Après Not Like Us et Meet the Grahams, pour la première fois de sa carrière, Drake est devenu un personnage subi par internet au lieu d’en être le metteur en scène. Et *Iceman* transpire ce malaise du début à la fin.
La première partie de l’album a été très difficile à écouter pour moi. Pourtant l’intro avec Make Them Cry est excellente et laissait espérer quelque chose de beaucoup plus fort, mais derrière la suite devient vite catastrophique et surtout oubliable. Lors de ma première écoute, j’ai enchaîné les skips tellement je n’étais pas convaincu par les choix de productions et surtout par ce flow lazy qui revient constamment.
Le vrai problème, c’est cette impression qu’il pourrait continuer exactement la même musique jusqu’à la fin de sa carrière sans jamais réellement se réinventer. On retrouve encore les mêmes placements, les mêmes intonations fatiguées, les mêmes ambiances nocturnes calculées et ce détachement devenu presque automatique.
Drake a trouvé depuis longtemps une formule extrêmement efficace :
* flow relâché,
* demi-murmure,
* prods atmosphériques,
* mélodies minimalistes,
* attitude froide et distante.
Mais une formule, même efficace, finit toujours par devenir une caricature lorsqu’elle cesse d’évoluer.
Par contre, la deuxième partie m’a beaucoup plus convaincu. Les morceaux plus chantés et un peu plus ambitieux rattrapent légèrement l’ensemble, notamment Make Them Pay ou Make Them Remember qui ont rapidement fini dans ma playlist.
Même si je reste très déçu des feats, surtout celui avec Future quand on connaît tout ce que les deux ont déjà pu produire ensemble auparavant. On sent rarement une vraie alchimie ou un moment marquant sur les collaborations de l’album.
Au final, tout n’est pas à jeter, loin de là, mais ça reste un album très mid et probablement oubliable sur le long terme, mais pas non plus mauvais dans son entièreté.
Et le plus ironique dans tout ça, c’est qu’avec du recul, Honestly, Nevermind reste peut-être son dernier vrai geste artistique risqué. Beaucoup l’avaient détruit à sa sortie parce qu’ils attendaient un album de rap classique, mais au moins il y avait :
* une vraie prise de risque,
* une identité claire,
* une direction artistique cohérente,
* une volonté de sortir de sa zone de confort.
Depuis Scorpion, Drake semble avoir atteint une sorte de plafond de verre artistique. Il continue de perfectionner son efficacité commerciale, ses recettes et son omniprésence, mais beaucoup moins son évolution musicale réelle.
Et c’est probablement ça le problème le plus grave pour un artiste de son statut : un artiste peut survivre à une défaite, mais beaucoup plus difficilement à une stagnation créative.
4 ou 5/10 maximum. NEXT.