Cet album est selon moi l'équivalent de The Freewheelin' Bob Dylan, sauf qu'écrit 40 ans plus tard par un jeune homme qui répond au nom de Conor Oberst, alias Bright Eyes. On le sait, la voix de ce songwriter fait débat (à l'instar de celle de Dylan à l'époque...) : trop chevrotante, trop pleurnicharde, etc... Tranchons d'emblée : elle est tout simplement gorgée d'émotions. Sanglotante, elle donne parfois l'impression qu'elle est au bord des pleurs, ce qui rend le petit Oberst encore plus émouvant.
Le disque est très fortement orienté "ballades folk mélancoliques", style usé jusqu'à la corde, pourtant Oberst ne cesse de nous toucher en plein cœur tout au long de l'album. Les mélodies sont miraculeuses : "Land Locked Blues" (avec des cuivres sublimes, et Emmylou Harris en guest, certainement une des plus belles chansons de la décennie), "First Day Of My Life", "Lua", "Poison Oak"... Le tout est agrémenté d'hymnes générationnelles "We Are Nowhere And It's Now", d'allusions à la guerre... L'écriture est encore une fois digne de Dylan, et l'on croit enfin reconnaître le digne successeur du barde quand il écrivait des choses comme "Don't Think Twice, It's Alright" ou "Girl From The North Country".
Dans un fracas sonore, Oberst conclue le disque sur une note mystique, "Road To Joy", notre songwriter hurlant son désespoir à la face du monde. "I have my drugs, I have my woman, They keep away my loneliness. My parents they have their religion, but sleep in seperate houses" : vraiment poignant. Enfin celui-ci finit sur son ultime profession de foi, les derniers mots de "Road To Joy" : "I could have been a famous singer, if I had someone else's voice, but failure always sounded better, let's fuck it up boys, make some noise ! " ("J'aurais pu être un chanteur connu, si j'avais eu la voix d'un autre, mais la félure a toujours sonné mieux, alors foutons tout en l'air, faites du bruit !").
Bref on est ici en présence de l'authentique génie oublié de notre génération, réveillez-vous !