Lorsque John Fahey révolutionna le jeu de guitare à cordes métalliques au cours des années 1960, il transforma du même coup l’imaginaire artistique qui renvoyait aux terres sauvages américaines. Avec les talentueux musiciens de son label Tacoma (Robbie Basho, Leo Kottke), il a cherché à décrire les grands espaces déserts et les routes sans fin, se référant à une vision de l’état de nature et à une vie dans la wilderness qui n’ont en réalité jamais existé. Soixante ans plus tard, le guitariste texan Hayden Pedigo – désormais basé à Oklahoma City -continue de perpétuer cette même tradition du finger-picking. Lorsque ce dernier a décidé de s’allier le temps d’un album avec ses voisins, le quatuor américain de noise/sludge metal Chat Pile, on pouvait s’attendre à ce que ce même état de nature nous soit dépeint dans sa version dégradée. Dans le Mowno #9, nous vous promettions ‘une virée sauvage dans des contrées redneck et post-apocalyptiques‘ : nous ne nous étions pas trompés.


Pourtant, la collaboration avait de quoi surprendre aux premiers abords, le style musical de la bande emmenée par Raygun Busch (chant, guitare) étant aux antipodes du jeu léger et magnétique de Pedigo. Mais c’est justement ce contraste qui fait toute la singularité de In the Earth Again. Grâce à un inhabituel jeu de superposition des guitares, hypnotiques et psychédéliques d’une part, sludge et grasses d’autre part, les cinq d’Oklahoma parviennent à fusionner les particularités de chacun pour dépasser ce qu’ils avaient pu produire auparavant : Hayden Pedigo intègre son style dans une ambiance bien plus sombre et funèbre (Demon Time, Inside), parfois brutale (Never Say Die!, The Matador) tandis que, de leur côté, les gars de Chat Pile se retrouvent à devoir naviguer dans des eaux plus tranquilles qu’à l’accoutumée (I Got My Own Blunt to Smoke, A Tear for Lucas). La mue de Raygun est ainsi probablement la plus marquante : sur le fantastique The Magic of the World – sans doute le morceau le plus influencé par l’americana et le plus proche de John Fahey – ainsi que sur A Tear for Lucas, un hommage touchant de l’écrivain d’Oklahoma City Lucas Dunn décédé l’an dernier (‘You once shared / The saddest thing / To cheer me up / And it haunts me’), il explore des tonalités et une sensibilité qu’on ne lui connaissait pas.


Suite de la chronique chez Mowno :

https://www.mowno.com/disques/chat-pile-hayden-pedigo-in-the-earth-again/

timsavornin
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le 14 janv. 2026

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