In the End
6.7
In the End

Album de The Cranberries (2019)

A écouter In the end, on se demande si c’est bien Dolores O’Riordan qui est passée de vie à trépas, et non ses musiciens. Car si le groupe Irlandais laissait planer un vague espoir quant à son avenir à long terme avec l’honorable Roses (2014), tout s’effondre avec ce soi-disant « hommage » à la chanteuse décédée, qui fait plutôt office de compilation de faces B orchestrée par un backing band un peu rance.

Evidemment, d’aucuns protesteront en affirmant que les compositions sont, comme toujours, signées Noel Hogan (guitariste) ET Dolores O’Riordan. Oui, mais ce sont tout de même « ceux qui restent » qui, un an après le suicide de la chanteuse, ont choisi d’adresser à leur public cet amas de chansons sans queue ni tête, sans cœur ni âme. La complaisance est partout : dans les critiques, d’abord, qui n’ont pas été aussi tendres avec les Cranberries depuis leur petit chef d’œuvre No Need to Argue (1994). A ce compte-là, si les critiques rock jugent In the end comme un bon disque on parierait qu’ils sont désormais tous prêts à revoir leurs copies précédentes sous prétexte qu’une icône un peu borderline des 90’s (souvenons-nous de ses sorties sur l’avortement et la peine de mort) nous a quitté.

Mais la complaisance est surtout du côté des musiciens, bien sûr, qui délivrent ici une pop souvent ringarde, osant les sons de claviers de fête du village, les mélodies les plus prévisibles, les tics les plus rabâchés (arpèges Curesques en baryton, ici ahurissants d’inanité). Tout est permis, tout passe, semblent penser les deux frères Hogan et Fergal Lawler, dès lors que l’on entend le fantôme de Dolores chanter. Et il est vrai que cette femme pouvait être touchée par la grâce, en dépit de ses petites manies qui pouvaient agacer : « Lost », seul morceau de In the end à tirer son épingle du jeu, est là pour le prouver. Mais qui a dit que cette voix pouvait se passer d’un projet derrière elle, autre qu’un petit pré carré musical à défendre, sans aucune autre ambition que de donner la soupe à un public déjà acquis à sa cause ?

In the end a au moins le mérite d’exister pour rappeler que ces disques post mortem sont, d’une manière ou d’une autre, une trahison. Car en passant outre le dernier mot de l’artiste décédé (qui dit qu’O Riordan aurait validé ne serait-ce que l’idée de l’album posthume, sans parler des compositions, ici des maquettes achevées sans son consentement ?), c’est presque toujours de la nostalgie, voire simplement des promesses, que l’on vend ; et trop rarement une collection de chansons réellement achevées, et assumées.

Francois-Corda
2
Écrit par

Créée

le 26 mai 2019

Modifiée

le 11 juin 2024

Critique lue 268 fois

François Lam

Écrit par

Critique lue 268 fois

D'autres avis sur In the End

In the End

In the End

7

EowynCwper

1364 critiques

Critique de In the End par Eowyn Cwper

Je suis agréablement surpris ; c'est un album posthume, donc un hommage, mais aussi un album pas mal commercial. Je craignais l'artificialité, mais le montage est propre. Le fait d'entendre des démos...

le 21 mai 2019

In the End

In the End

7

GuillaumeL666

8476 critiques

Like turning a page

Finir un album une fois que le chanteur du groupe est mort est difficile. Les Cranberries ont tout de même relevé le défi et l'ont très bien fait. La difficulté quand on parle d'un album comme ça, de...

le 5 mai 2019

In the End

In the End

10

Matondia

168 critiques

Back into the 90's, one last time

Je le précise de suite, ça ne va pas vraiment être une critique, plutôt du racontage de life. Pour les flemmards, j'ai vraiment adoré l'album, et il n'est pas surnoté juste par fanboyisme ou par...

le 4 mai 2019

Du même critique

Persepolis

Persepolis

4

Francois-Corda

1034 critiques

Critique de Persepolis par François Lam

Persepolis, ou une sorte d’idéal bobo gonflant qui enterre tous les enjeux (la révolution sous-jacente en Iran, l’expatriation, l’adolescence torturée), le tout relayé par cette enfant dont...

le 16 sept. 2018

Les Chambres rouges

Les Chambres rouges

4

Francois-Corda

1034 critiques

Les siestes blanches

La salle de procès qui introduit Les Chambres rouges est d'un blanc immaculé et incarne aussi bien l'inoffensivité de son propos que le vide existentiel qui traverse son héroïne Kelly-Anne. On ne...

le 24 janv. 2024

Civil War

Civil War

5

Francois-Corda

1034 critiques

Critique de Civil War par François Lam

En interview dans le numéro d’avril de Mad Movies, Alex Garland se réclame d’un cinéma adulte qui ne donnerait pas toutes les clés de compréhension aux spectateurs, à l’instar du récent Anatomie...

le 21 avr. 2024