Music Revelation Ensemble – In The Name Of... – (1994)
« Music Revelation Ensemble » c’est James Blood Ulmer à la guitare électrique, Amin Ali à la basse électrique et Cornell W. Rochester à la batterie, mais ici il y a également des invités, des musiciens prestigieux. Arthur Blythe au sax alto sur trois pièces, Sam Rivers au soprano, également sur trois pièces, ainsi qu’au ténor et à la flûte, et Hamiet Bluiett au sax baryton sur « The Dawn ». Ces derniers interviennent alternativement, sans véritable ordre, mais un seul par pièce.
On connaît l’engagement de James Blood Ulmer auprès d’Ornette Coleman et son addiction au free, plus ou moins prononcée selon les étapes de sa carrière. Ceci pour préciser que se sent ici le goût du guitariste pour « l’harmolodie », concept musical inventé par Ornette et qui s’entend ici, Ulmer ayant composé toutes les pièces de l’album.
C’est donc assez sanglant, bien chaud et capiteux, avec les pédales et les effets, le casque sur les esgourdes plutôt à fond, on en prend plein les oreilles. Dès la première pièce avec Sam Rivers au soprano, on comprend les enjeux, « In Time » plante le décor et régale direct sans préparation, brut et à fond, c’est parti !
« Non-Believer » qui suit ne désarme pas, avec Arthur Blythe à l’alto, le son est toujours aussi compact et massif, l’énorme Amin Ali à la basse envoie du lourd tout du long, sans répit ni fléchissement. Arrive ensuite la pièce avec Hamiett Bluiett au baryton qui ne fait pas de quartier non plus, dégagez la place et laisser le passage, l’ouragan arrive, ça crisse et ça déchire, dérapages dans les virages et freins crissant, ça déménage grave. Blood est insaisissable avec la gratte sautillant de droite et de gauche, imprévisible et forcenée, il faut serrer les dents !
Décidément on se dit que cet album n’est pas pour tout le monde et qu’il va laisser des cadavres sur le bas-côté, heureusement Sam Rivers arrive, la flûte au bout des lèvres, on va pouvoir enfin respirer, c’est l’heure de « Mankind ». En effet malandrin, tu peux enlever les boules Quies et quêter quelques bourses dans le voisinage, tout semble s’arranger et, bien que tout brinquebale et claudique, avançant cahin-caha, une sorte de calme dans la torpeur semble vouloir s’installer, dans la désharmonie de l’harmolodie, ou peut-être est-ce l’inverse…
Sam Rivers embouche le ténor pour crier « Help », sans doute cette masse épaisse et dense, drue et étouffante, comme dans une jungle où il faudrait avancer à la machette, Sam se fraie un chemin et défriche, aidé par Ulmer et sa hache électrique qui jamais ne peine ni ne perd son énergie, Cornell Rochester tape de tous côtés, écrasant les têtes et les cymbales, caisse claire et grosse caisse ne faillissent point…
Et voici « Abundance » avec le retour d’Arthur Blythe armé de son sax alto, on semble presque respirer normalement, bien que ce ne soit peut-être qu’une impression fugace, car tout se désarticule vite et se démantibule, non, pas de grâce de ce côté, bien qu’une lumière clignote, au loin, l’espoir renaît…
En effet voici « Purity », les écrits sont formels, après l’arrivée de la pureté, le cauchemar cesse et, simple péquin, tu retrouveras le calme de l’anonymat, le banal du quotidien, le fade et le terne, le banal et l’incolore, mais avant profite bien du magnifique « Purity », qui peut-être te donnera l’envie de remettre ça !