Pat Martino – Interchange – (1994)
Le véritable album du retour, après les problèmes de santé et le réapprentissage, s’appela simplement « The Return », un enregistrement live de quatre-vingt-sept, mais celui qui consacra le come-back du guitariste fût plutôt cet « Interchange », avec en pochette ce long couloir, symbole d’un nouveau départ à la sortie d’un trop long tunnel…
La rencontre qu’il fit avec le pianiste James Ridl dans un club de Philadelphie est probablement la cause de cet enregistrement. L’idée d’une sorte de partenariat s’établit autour des compos de Pat. Marc Johnson à la contrebasse et Sherman Ferguson complétèrent la formation.
Le projet terminé, on constata la décontraction de l’album, le relâchement qui l’habite, tout ce qui est virtuosité gratuite a été oublié, et les pièces sont assez souvent des ballades ou des pièces mid-tempo. Il est vrai que Martino a été souvent sujet aux fièvres démonstratives lors de ses prestations, éblouissant son auditoire par sa vélocité et son côté prodige qui impressionne, un peu comme le faisait Alvin Lee dans le rock pour ceux de ma génération.
Ici on ne se presse pas forcément, on prend le temps, on visite le salon, mais également la cave et le grenier, les pièces sont plutôt autour des huit ou neuf minutes avec une pointe à plus de dix pour le morceau titre, mais on ne traîne pas non plus, Martino c’est un peu le Lucky Luke de la gratte, quand ça va doucement pour lui c’est encore rapide pour les autres…
Ce qui est sûr c’est que ce quartet convient bien à cette affaire, chacun à sa place pour une gestion idéale de l’espace sonore avec Pat au milieu et à l’avant, Ridl qui le stimule, un peu à l’arrière et côté droit, la contrebasse plein centre à l’arrière, et Sherman Ferguson, souvent discret, plein de finesse et doté d’un touché délicat.
« Blue in Green » est une reprise de Miles Davis, la seule pièce qui ne soit pas signée par Pat, pure ballade dans un style romantique, qu’affectionnait autrefois Miles, qui la déposa en troisième pièce sur le chef d’œuvre « Kind Of Blue ». Pat s’en sort bien…
Un bel épisode discographique !