Ivo Perelman With Rosie Hertlein, Dominic Duval, Newman Baker – Introspection – (2006)
Je ne vous parle pas très souvent d’Ivo Perelman, bien que je possède pas mal de ses enregistrements, c’est un musicien que j’aime vraiment beaucoup et dont je vous ai déjà parlé, souvent à propos d’albums significatifs où particuliers qui me semblaient pouvoir éveiller l’intérêt, car, voilà, c’est un musicien un peu difficile…
Il ne s’embarrasse pas trop du confort de l’auditeur et arrive souvent avec ses grosses valises qu’il dépose au milieu de la chambre, enfin c’est une image, disons qu’il ne fait pas d’efforts pour plaire, son art est intérieur, souvent bavard et volubile, parfois envahissant, c’est sûr, il ne vous ménagera pas !
Pourtant il est vraiment intéressant pour qui est prêt à concéder l’effort, souvent léger tout de même… Cet album particulier mérite l’attention car, figurez-vous que Perelman s’est mis à la peinture, ou à l’art graphique, si vous préférez, observez bien cette pochette : il en est l’auteur.
Et pour tout dire se cache dans le livret intérieur non pas des textes comme souvent, où on vous dit en anglais ce qu’il faut penser, mais des peintures, une par volet, c’est-à-dire huit au total. La dernière est cachée derrière le Cd, ce qui fait un total de neuf, comme le nombre de pièces contenues sur cet album.
Vous avez franchi le pas, chaque pièce musicale correspond à une peinture et inversement. Ivo joue de son ténor avec son style si particulier et ce gros travail dans les aigus, il est épaulé par Rosie Hertlein, violoniste et vocaliste, la voix est un peu emphatique et appartient plus au monde du classique qu’à celui du blues, mais elle chante assez peu, par deux fois.
Dominic Duval est le contrebassiste, il joue en pizzicato mais également assez souvent avec son archet, Newman Baker est le batteur, solide il tape fort et emmène le navire à grande voilure, car ici la musique est très expressive et même parfois démonstrative.
L’art visuel est tout de même abstrait et suggère, il est vrai, il interroge aussi. La musique associée est beaucoup plus bavarde et plus émotionnelle, son discours me semble plus direct. L’interaction entre le son et la ligne est certainement évocateur et pertinent, mais mon entraînement en ce domaine n’est pas très performant, bien que les duos image/son me semblent correspondre. D’un autre côté, il n’y a pas à se tromper, les titres étant les mêmes.
L’album est bourré de musique, je ne sais même pas comment on a pu en loger autant sur une galette, de façon générale les pièces les plus explosives sont celles qui vont le mieux, alors que les contemplatives peuvent dégager parfois, comme une léthargie…
Car Ivo Perelman demande à l’auditeur une grande concentration et un investissement assez important, qui sera en retour récompensé, d’autant que chaque musicien est un as dans son domaine et qu’ils avancent en quartet avec un grand nombre d’atomes crochus, et une grande complicité, jamais prise en défaut. Ainsi, la collaboration entre Rosie Hertlein et Ivo Perelman est souvent fascinante, chacun s’appuyant sur l’autre.