John Zorn – Ipsissimus – (2010)
Voici le cinquième volume de la série « Moonchild », il emboîte le pas à « The Crucible », après deux années d’attente. On retrouve les mêmes participants, Zorn au sax alto, Patton à la voix, Dunn à la basse et Baron à la batterie, mais un nouvel élément s’ajoute, l’immense Marc Ribot qui apporte une sensibilité un peu plus rock, et tout aussi démoniaque que celle de ses coreligionnaires.
Neuf pièces s’alignent, interprétées en duo, trio ou quartet, bien dans la lignée des prédécesseurs. « Seven Sigils » ouvre l’album avec les anciens qui inscrivent la pièce dans la lignée historique, tressant un climat propice aux exagérations que l’on pourrait qualifier de coutumières, après avoir fréquenté les essais plus anciens, il y a cependant ici une montée en température du plus bel effet qui explose de façon torride à la fin de la pièce…
Puis arrive « The Book of Los » avec le génial Ribot qui imprime sévère, laissant Zorn au vestiaire. Départ calme plein de sérénité, de charme, déroulant une ouverture qui vire doucement vers quelque chose de sentencieux, mais, vers le milieu de la pièce tout s’accélère et dérive, déjante et glisse, Patton entre dans la danse en même temps que le démon, l’électricité sort des prises en semant une déflagration !
Puis voici « Apparitions I », première parmi les trois qui s’intercalent dans l’album, Baron, Dunn et Ribot mettent en scène cette arrivée, venue d’outre-tombe, du pays de la désolation et des morts… « Supplicant » est chargé avec un Patton hurlant vers les étoiles et un Ribot particulièrement torride balançant boules de feu et autres sortilèges maléfiques venus du Doom hardcore, tandis que baron frappe les tambours jusqu’à l’explosion …
« Tabula Smaragdina » ne lâche pas l’os et continue à le ronger méchamment, avec un côté sardonique qui ajoute encore, car ces voies-là sont inextinguibles, jusqu’aux nouvelles « apparitions », les deuxièmes du nom, toujours en trio gratte, basse, batterie.
« The changeling » hisse haut le destin de cet album en le propulsant encore vers un au-delà du genre, le duo basse/batterie mené par Dune et Baron est assez magnifique, grave et puissant, entêté et martelant, « bourre et bourre encore » semble signifier le pilon-marteau de cette avancée tête en avant…
« Warlock » est la dernière station avant les dernières apparitions, il marque une forme de décalage, introduisant un peu de douceur au milieu du chaos, comme un contraste, une opposition de genres collés, mais ce sont les ténèbres qui triompheront avec un Patton ressuscité et jouissif…
Avec un Ribot qui s’installe en prenant la place de Zorn le soliste, on ne perd ni dans la démesure, ni dans la puissance, cet album est très à sa place dans la suite et aura pas mal de défenseurs du côté du rock, une étape particulièrement intéressante de la série des « Moonchild » !