Avishai Cohen, Abraham Rodriguez Jr – Iroko – (2023)
Je me résous à vous parler de cet album, suite au traitement qu’il vient de subir dans la rubrique « disques » de Jazz magazine. J’avais évoqué ici l’apparition d’étoiles en office de notation, et pan ! une étoile unique pour cet album, de quoi freiner sérieusement les ventes pour ceux qui s’en remettent aux avis des chroniqueurs.
Fort heureusement, les temps changent et chacun peut forger son avis par lui-même en faisant un petit tour sur le tube ou autre, ce qui est susceptible de nuancer un peu tout ça, d’autant que l’album est un duo. Maintenant il faut savoir qu’Avishai Cohen offre le flanc aux critiques depuis pas mal de temps…
Déjà il vend, il est connu bien au-delà du public jazzeux et il n’hésite pas à s’inscrire dans des musiques populaires et traditionnelles, s’étiquetant parfois autant folk que jazz. Ce penchant s’est accentué avec cette manie qu’il a de chanter, dépoussiérant de vieux airs qu’il remet au jour et lui attirent des ovations lors des concerts qui finissent parfois en « tour de chant ».
Alors que lui reproche-t-on ici, je cite « …une certaine vacuité, platitude entendue, habituelle », « cette rencontre avec le percussionniste qu’Avishai Cohen rêvait de concrétiser ne reste qu’à l’état de brume disparate, sous un soleil où l’on ne trouve rien de nouveau. » Voilà, j’ai noté ce qu’il y a de plus accablant.
Pourtant j’y relève pas mal d’injustices, particulièrement pour Abraham Rodriguez, une icône New-Yorkaise de la musique latino et afro-cubaine qui donne le « la » sur cet album. C’est une légende avec qui Avishai rêve de jouer depuis les années quatre-vingt-dix, cet album que d’aucun réduit à l’état de « brume disparate » est, pour les protagonistes, la concrétisation d’une admiration réciproque, et, en toute objectivité, Avishai s’efface bien souvent devant son partenaire, lui cède la préséance avec une grande délicatesse, et son jeu, qui s’imbrique merveilleusement aux rythmes qui naissent des congas et des claves, se veut un accompagnement de celui de son partenaire.
Pour ce qui est du chant c’est Abraham qui lied, Avishai restant le plus souvent au second plan, c’est ici davantage un album de Rodriguez que de Cohen. Quatorze titres se succèdent, des chansons, des airs traditionnels, des reprises aussi, tout est détaillé à l’intérieur.
On relève quelques grands moments, « Avisale A Mi Vecina » qui touche direct, « The Healer » qui ouvre l’album, « It’s A Man’s World » qu’on n’imaginait pas ici et qui régale, « Exodus » vraiment superbe, « Abie’s Thing » ou « Tintorera » et « Fly Me To The Moon » la dernière pièce, qui termine parfaitement ce bel album.
Un album dans la tradition yoruba dont le nom, « Iroko » provient d’un arbre majestueux dont la durée de vie défie les siècles, la musique ici y puise une énergie vitale qui se moque des insignifiants, défie les modes et rit au temps qui file…