Aimer Anna Calvi n’est pas toujours une chose facile, tant notre « mini-diva » est coutumière des longs silences discographiques. Depuis Hunter, son dernier (et troisième) album, huit ans se sont écoulés ! Et ce n’est pas la version « retouchée » de 2020, Hunted, ni la BO de Peaky Blinders, ou encore son projet pour The Sandman à l’opéra, qui pouvaient nous combler… Sans même parler du fait qu’Anna Calvi, c’est surtout extraordinaire en live, parce qu’elle n’est encore pas parvenue à retranscrire en studio l’incandescence de ses apparitions scéniques…

Is This All There Is? est donc son retour – attendu sans trop d’illusions par ses fans – au « Rock », même si l’on parle là d’un « petit retour » : un EP quatre titres, pour une durée de 15 minutes. Un EP annoncé comme la première pièce d’une trilogie, ce qui nous prive finalement de la possibilité de le juger en tant que tel. Mais surtout, chacune des chansons proposées est une « collaboration », derrière laquelle Anna se dissimule, pour ne pas même parler d’effacement. God’s Lonely Man, la première chanson, tendue, intense, rude, très « rock’n’rollesque », même si elle peut évoquer quelque part les tours de force de The Kills, vaut peut être surtout par la présence énorme d’Iggy Pop, qui arpente ici son territoire traditionnel avec une classe intacte.

I See A Darkness, qui suit, est une reprise de Bonnie « Prince » Billy ! Ce qui peut être lu comme un degré d’éloignement supplémentaire : on a cette fois Perfume Genius comme invité, mais en plus, Anna n’est même pas dans une démarche de création, mais de réinterprétation, de recomposition de titres « du patrimoine ». On peut par ailleurs trouver que l’assemblage de deux voix « hautes » est moins séduisant que le classique duo homme-femme du titre précédent. De toute manière, Anna semble plus dans une recherche de nouvelles voies que dans l’affirmation d’une musique qui lui soit propre. Ceci dit, il faut reconnaître que I See A Darkness est beau, pas loin d’être un moment de grâce, en dépit – ou à cause – de son ton solennel.

Computer Love, encore une reprise (de Krafwerk), encore un duo (avec Laurie Anderson) est LE titre expérimental du disque. Du « spoken word » posé sur un paysage abstrait : c’est intrigant, mais pas forcément passionnant. L’absence totale d’émotion – presque choquante par rapport au morceau précédent – sert un concept très « musique contemporaine », et confirme l’hypothèse que Is This All There Is? est pour Anna une sorte de zone d’expérimentation.

Et puis, il y a enfin la chanson éponyme, où c’est Matt Berninger qui assure le rôle « masculin » d’un duo classique : une galopade et un crescendo émotionnel, de la beauté autant qu’on en veut, entre parabole épique, doutes existentiels et déferlement cinématographique. Nul ne critiquera ces cinq minutes échevelées et satisfaisantes.

Même si à la fin, on n’est pas plus avancé. Pour se rassurer, on se dit que Is This All There Is? n’est qu’une introduction, avant que les prochaines parutions ne complètent « l’œuvre ». Mais il est impossible de nier qu’Anna Calvi, ici, ne s’affirme pas à nouveau comme artiste, après la rupture « queer » de Hunter. Pour le moment, notre frustration demeure, en dépit de la qualité musicale de cet EP.

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/03/21/anna-calvi-is-this-all-there-is-ep-question-sans-reponse/

Eric-Jubilado
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le 6 avr. 2026

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