Ivo Perelman – Circle Dance - (RE -2005)
« Circle Dance » est la réédition allemande du tout premier album d’Ivo Perelman paru en quatre-vingt-neuf au Brésil sous le titre « Ivo ». Je ne sais si la pochette originale était une réussite, mais celle-ci n’est pas laide, malgré qu’elle semble apparemment assez éloignée du sujet initial.
Mais qu’importe, car cet album est très intéressant par les renseignements qu’il nous livre sur le passionnant saxophoniste brésilien. Le répertoire d’abord peut sembler étonnant puisqu’il est entièrement constitué d’airs folkloriques, dont cinq sont issus des chansons traditionnelles brésiliennes pour enfant.
Les trois premiers titres sont chantés par Flora Purim dont la renommée n’est plus à faire, elle est vraiment superbe sur « Nesta Rua » qu’elle ensorcèle. Au rang des musiciens très connus il y a également le percussionniste Airto Moreira qui fait une belle démonstration sur cet album, bien épaulé par le batteur Peter Erskine, un expert.
Assez curieusement il y a un duo de bassiste sur cinq des sept titres présents, ce sont John Patitucci et Buell Neidlinger qui assument le rôle, Don Preston tient le piano et le synthé sur « The Carnation and the rose ». La pianiste Eliane Elias, sur deux titres, jouent en duo avec Ivo Perelman, « El dia en que me quieras » et « Ponta de areia », deux belles pièces, des ballades lyriques, très sensibles.
Ces titres issus du terroir, ces chansons enfantines en provenance du répertoire des comptines nous rappellent inévitablement Albert Ayler qui partageait ces mêmes passions, à l’heure des débuts d’Ivo en tant que saxophoniste leader nous ne pouvons qu’exploiter la piste et le signaler comme une très probable influence, bien qu’il n’y ait cependant rien de commun en matière de vibrato, les deux étant bien éloignés par l’usage qu’ils en faisaient, à l’opposé presque.
Une autre influence se laisse entendre dans le jeu d’Ivo, c’est, sans véritable surprise, celle du saxophoniste argentin Gato Barbieri que l’on saisit au vol ici ou là, il faut dire qu’il a été bien longtemps le « son » du saxophone Sud-Américain et qu’il était difficile de s’extraire d’une telle signature, qui avait la force d’une empreinte.
Pour finir, on entend déjà également ce qui sera la force du jeu d’Ivo Perelman, cette application dans le registre aigu qui s’entend sur « Terezinha de jesus », par exemple, avec cette aisance mélodique issue de la pratique du folklore brésilien. Rétrospectivement se tiennent-là bien des aspects qui feront l’extraordinaire force de cet étonnant saxophoniste, le temps et la pratique élèveront cet art très haut, vers des sommets que nous aimons gravir…