Jackie McLean – Jackie's Bag – (1961)
Ce qui caractérise cet album, c’est qu’il est construit sur deux sessions d’enregistrement différentes, avec deux groupes distincts. Chacune de ces sessions correspond à trois titres enregistrés sur chacune des faces. Seuls deux musiciens se retrouvent sur les deux faces, Jackie McLean et son saxophone alto, bien sûr, ainsi que Paul Chambers à la contrebasse.
La face A est la toute première qu’enregistre McLean pour le fameux label Blue Note, rien que pour ça il existe une petite touche historique. La session se déroula le dix-huit janvier cinquante-neuf. Donald Byrd joue de la trompette, Sonny Clark est au piano et Philly Joe Jones à la batterie.
Le titre d’ouverture est particulièrement remarquable, « Quadrangle » s’ouvre en effet aux modernisme free et plus particulièrement « Colemanien », enfin, sous la forme de quelques audaces qui, alors, pouvaient surprendre, Jackie bâtit un discours osé et risqué, juste un peu casse-gueule mais très brillant. Les deux autres pièces, « Blues Inn » et « Fidel » sont moins audacieuses mais néanmoins excellentes.
C’est pourtant la face B qui rafle la mise, lors d’une session organisée en septembre mille neuf cent soixante, avec, cette fois-ci, le saxophoniste ténor Tina Brooks en co-leader. Blue Mitchell est le trompettiste, Kenny Drew le pianiste et Art Taylor le batteur, avec Jackie et Paul c’est bien un sextet que l’on entend.
Entre ces deux sessions McLean a enregistré sur une sorte de chef d’œuvre, le fameux « Blues & Roots » de Mingus, où il excelle de tous ses feux. Ici il est également bien chaud, particulièrement sur « Appointment In Ghana » qui s’ouvre aux couleurs nouvelles et africaines. « A Ballad For Doll » enchaîne, un peu paresseuse et laissant pour un temps le hard bop de côté.
La dernière pièce se nomme « Isle Of Java » avec également une pointe d’exotisme et un Paul Chambers merveilleux. La pièce, très enlevée, est remarquable. Cette session ne se réduira pas à ces trois titres et d’autres de qualité égales paraîtrons sur l’album de Tina Brooks, « Back To The Tracks ». Il y a également un album japonais, « Street Singer » qui a regroupé tout ça en quatre-vingts, sous le nom de Jackie McLean & Tina Brooks.
Il se raconte que Serge Gainsbourg avait l’habitude d’écrire ses notes assis sur une chaise, avec posé sur ses genoux cet album qui lui servait d’écritoire, un usage qui aurait certainement étonné McLean !
Un excellent album donc, avec la qualité du son « Blue Note ».