François Carrier Masayo Koketsu Daisuke Fuwa Takashi Itani – Japan Suite
Je pourrais dire : « tiens c’est le premier disque de François Carrier que j’écoute ! ». C’est un gars de Chicoutimi, là-bas, au Québec, c’est peut-être l’éloignement qui excuse mon inculture, en tout cas sa discographie est assez nombreuse. Il est ici aux côtés d’une autre saxophoniste alto au jeu tout à fait différent, Masayo Koketsu.
Masayo est un peu bruitiste et très pointilliste, elle souffle avec économie, c’est la mouche du coche ! François est plus dans le classicisme dans sa façon de développer ses solos, son free est tempéré. Masayo aime à lancer des défis, c’est une belliciste, elle interpelle et gratouille. François feint de l’ignorer, d’abord, puis répond à sa façon, développe avec lenteur, douceur, il rassure et console.
Quand l’un se tait, l’autre se tait également. Quand l’une joue, l’autre joue aussi, parfois l’un écoute l’autre, il laisse la place, en fin de piste, quand on arrive à la dix-neuvième, sur les vingt-cinq que dure « Uchi-soto (Inside Outside) », mais ce n’est pas une capitulation, juste une renonciation temporaire…
Daisuke Fuwa est à la basse, il rit bien de tout ça, son jeu fourmille, il est volubile et gratte, gratte. C’est un créatif, toujours une bribe de mélodie qui sommeille au fond de sa basse, il monte et descend le long du manche, et chantent, et chantent les cordes. François et Masayo s’en saisissent à tour de rôle pour rebondir sur leur élasticité. Ils ont l’air sérieux comme ça, mais ce sont des gosses chamailleurs.
Takashi Itani tient la batterie, il aime les cymbales et en explore souvent les timbres, il peut se montrer sobre ou au contraire incandescent, il est parfois apaisé ou dramatique, il sait mettre le feu ou éteindre les flammes. Chacun tient son rôle pendant ces longues improvisations !
Nous sommes au Japon, en décembre 2019, précisément pour ceux qui s’y connaissent en géographie, à Yamaneko-ken, Ogose, Saitama. L’enregistrement est public, et, une fois de plus, c’est NoBusiness Records qui régale. La pièce en six parties s’appelle la « Japan Suite ».
Toujours ces longues improvisations, ces échanges continuels, ces créations extraordinaires et inattendues. C’est ce qui attire tous ces musiciens européens, la richesse incroyable d’un réservoir exceptionnel de musiciens japonais, prêts au dialogue, au partage et à la création commune, autour d’un langage ouvert, intense et créatif : le free jazz.