Pendant la majeure partie des années 80, Eric Clapton semblait plutôt perdu, ne sachant pas s'il devait revenir à ses racines blues ou plaire à la radio AOR. Au milieu des années 80, il semble avoir pris la décision de se transformer en rockeur grand public brillant, travaillant avec des synthétiseurs et des boîtes à rythmes. Au lieu d'élargir son public, cela n'a fait que le réduire. Puis vint la rétrospective Crossroads, qui contribua à revitaliser sa carrière, non seulement sur le plan commercial, mais aussi sur le plan créatif, comme Journeyman -- le premier album qu'il enregistra après le succès de Crossroads -- le prouva. Bien que Journeyman souffre toujours d'une production trop lisse, Clapton semble plus convaincant qu'il ne l'a été depuis le début des années 70. Non seulement son jeu de guitare est musclé et énergique, mais son chant a de l'âme et du cran. De plus, l'écriture des chansons est constamment forte, alternant entre des originaux de rock grand public ("Pretending") et des reprises ("Before You Accuse Me", "Hound Dog"). Comme tous les meilleurs albums de Clapton, Journeyman n'a rien de grandiose : il s'agit simplement d'une démonstration décontractée et très engageante de la virtuosité de Clapton. Dans l'ensemble, c'est le meilleur album studio qu'il ait sorti depuis Slowhand.