The Spontaneous Music Ensemble – Karyōbin (1968 – réédition de 2017)


Pour continuer avec le « Spontaneous Music Ensemble », voici « Karyōbin » enregistré le dix-huit février mille neuf cent soixante-huit avec le sous-titre « Are The Imaginary Birds Said To Live In Paradise ». Une autre pierre angulaire du free jazz anglais et même européen.


On retrouve Kenny Wheeler à la trompette et au bugle, Evan Parker au saxophone soprano, Derek Bailey à la guitare « amplifiée », Dave Holland à la contrebasse et le « boss », John Stevens à la batterie et aux percussions. La version de deux mille dix-sept est remixée et remasterisée, les rééditions « Emanem » sont très complètes et satisfont aux critères les plus pointus, le son est ici d’une très grande clarté, dépassant même en qualité sonore les enregistrements nippons qui font souvent références. Au strict critère de qualité sonore, l’enregistrement original est dépassé. Dans son intégralité l’enregistrement dure quarante-neuf minutes et vingt secondes.


Cette musique est cent pour cent « free », c’est-à-dire créée à partir de rien, ou plutôt de peu. De simples principes de respect entre musiciens sont la base ici, à savoir laisser chacun s’exprimer et ne pas tirer la couverture à soi, en couvrant le son de ses partenaires par exemple. Ainsi on abolit les structures habituelles, mélodie et rythme au profit d’une interaction entre les individus.


En réaction au free tumultueux et incendiaire des Shepp, Pharoah, Coltrane ou Ayler, on substitue un espace qui peut être calme, propice à l’échange, à la conversation, un lieu de liberté où la « parole » est libre, confiée à chacun, où peut s’exprimer l’altérité.


Ce qui importe ici c’est la qualité de l’échange, qui évolue en fonction des uns et des autres, ainsi la musique est en constante évolution et s’il y a des moments calmes il existe également des moments de tension, qui peuvent d’ailleurs se dénouer très naturellement. Derek Bailey développera tout au long de son œuvre des conceptions de l’improvisation très poussées qu’il théorisera dans son ouvrage « L'Improvisation : sa nature et sa pratique dans la musique ».


Cet album paraît donc fondamental, bien que sans compromission, son accès peut surprendre ou dérouter si on reste trop extérieur à ce qui se passe, l’émotion se libère dans les échanges et il est nécessaire de se plonger au milieu de cet apparent capharnaüm, pour en saisir le meilleur.



xeres
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le 4 nov. 2022

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