Radiohead a choisi d'explorer d'autres contrées sonores au début des années 2000. Kid A a le danger de succéder à OK Computer, celui de déconcerter et de décevoir, d'être mis en pâture à des critiques carnassières de ceux qui attendaient le groupe au tournant.
Exit les guitares majoritaires, ce sont les sons électroniques et les atmosphères plus ambiantes qui se dégagent ici. Kid A est un album presque minimaliste, mais l'est encore moins que celui qui suit, l'ennuyeux Amnesiac paru six mois plus tard en 2001.
L'album semble venir du fond de la nuit, ou nous y enfonce doucement, sur une route sans lumière hormis les feux du véhicule qui fore l'épaisseur de l'obscurité au milieu de nulle part. Il commence à susurrer avec "Everything In Its Right Place" et "Kid A" qui blottissent l'auditeur dans une écoute duveteuse. Arrive "The National Anthem" duquel pulse une basse répétitive, un des rares morceaux à nous sortir un peu des brumes nocturnes et qui se termine dans une foire aux cuivres. "How To Disappear Completely" fait plonger dans un spleen à la mélodie fantomatique et paisible avant de s'évanouir pour laisser place à "Treefingers", un lent halo électronique presque informe.
On continue comme ça dans le voyage nocturne, "Optimistic" et "In Limbo", l'industriel "Idiotheque", et "Morning Bell" qui semble amener une lueur.
C'est l'aube. La lumière matinale fait éveiller la campagne. L'orgue solennel de "Motion Picture Soundtrack" accompagne l'engourdissement de sommeil du conducteur noctambule, berce ce dernier dans quelque chose de féerique.
Après toute une écoute attentive, Kid A reste un long moment en tête comme une empreinte résiduelle d'un rêve étrange, le temps que l'on sorte de l'emprise de Morphée ou de sa mère, la déesse Nyx.