L’image d’un homme aux yeux peinturlurés de noir sur les contours, yeux écarquillés, étranglé par un boa, a de quoi frapper. C’est lors de l’époque bénie de Nightfall que ma rétine a été captivé par cette image, qu’ils avaient eu la bonne idée de mettre parmi les vignettes qui ornaient leur ancienne bannière, et que j’ai tout naturellement cliqué dessus. Je fus dirigé vers la critique de l’album Constrictor et découvris Alice Cooper par la même occasion.
Si j’ai écouté toute la discographie, c’est bien Killer qui est ressorti comme mon album préféré du sieur Furnier. Alice Cooper, le nom du groupe entier au moment où sort Killer, démontre à quel point le groupe possède un talent artistique et une capacité à surprendre avec des morceaux épiques et théâtraux qui parsèment des compositions hard rock/heavy metal plus classiques.
Exemple parfait de cette inscription dans la tradition du hard rock : Under my Wheels et sa guitare énervée qui fait péter dès les premières secondes avant de dérouler un riff bien rock n’roll bien conventionnel qui accompagnent la voix rauque d’Alice.
Be My Lover est moins furibond dans son entame, mais l’accent est bien plus présent du côté du refrain, ici, énormément mémorable et accrocheur.
L’intérêt réel de l’album commence avec Halo of Flies, qui se démarque de la tradition par son côté expérimental et complexe, tout en gardant l’atmosphère sombre et mystérieuse du groupe. Le final, avec son mélange de ligne de basse bien carrée et de tambour fugueux touche les étoiles quand vient la guitare saturée pour ajouter un côté grinçant à cette sorte de théâtre gaiement morbide auquel on est en train d’assister. Huit minutes de bonheur !
Desperado apporte une touche de mélancolie, on se téléporte dans un désert venteux, partagé entre calme et tempête. Le petit motif de guitare est terriblement hypnotisant, et le tout confère à Alice Cooper une identité bien marquée.
You Drive Me Neevous et Yeah, Yeah, Yeah apportent leur lot de frénésie et Dead Babies, son lot de controverse avec son ambiance troublante et dérangeante au service d’un thème provocateur et mortifère…idéal pour asseoir la réputation d’Alice Cooper !
Le chef d’œuvre Killer vient parachever l’album. Une complainte hargneuse et digne, un cri contre la mort, avec un final absolument grandiose. Ces roulements de tambour subtils, cet orgue funeste et mélodieux à la fois, comme le requiem d’une âme condamnée, qui viennent nous saisir en plein cœur, nous déchirer l’âme, c’est d’une beauté monumentale ! La mise à mort d’Alice Cooper par le théâtre et la musique. Somptueux.
Killer est un témoignage de la capacité du groupe à instaurer une ambiance burlesque et glauque, créant une musique immersive et percutante. Le sel d’Alice Cooper est là, dans cet album, et il perdra beaucoup de son mordant par la suite.