Jemeel Moondoc Sextet – Konstanze's Delight – (1983)
Y’a des albums comme ça, qu’au bout de quelques minutes on sait déjà qu’ils sont taillés pour être grands, celui-ci est de cette espèce. Enfin je parle pour moi, d’autres, les pauvres, me désolais-je, ne seront pas de mon avis, mais rien de grave, c’est ainsi depuis que le monde est monde, la sagesse populaire l’explique par une maxime qui dit tout : « les goûts et les couleurs… »
Déjà Jemeel Moondoc, le saxophoniste alto, est un type pas ordinaire, de ceux qui vous marquent, j’ai dû vous parler quatre ou cinq fois de ses albums, celui sur « Ayler Records » indispensable, le coffret « Muntu » sur Nobusiness, grandiose, celui enregistré sur le label polonais en live, géant également, et les deux sur le label austère « Rogueart » avec Steve Swell, je le suis de loin, bien que ce ne soit pas toujours facile…
Celui-ci est un « Soul Note », le cousin de Black Saint, pas rare ni trop difficile à dénicher, Jemeel n’est pas la seule personnalité remarquable de cet album, il y a également le trompettiste Roy Campbell, tellement excellent, les deux font la paire, mais il y a également l’immense William Parker à la contrebasse, là, ça commence à faire beaucoup, c’est vrai, mais il faut encore ajouter Khan Jamal au vibraphone et Dennis Charles à la batterie, que des géants, des gloires !
Et puis il y a un petit bonus avec une chanteuse que je ne connais pas, Ellen Christi, parfois c’est la goutte qui peut gâcher le paysage, mais non, pas cette fois, pas ici : magnifique !
Je vous ai prévenu dès l’entame de ce billet, un grand album, il faut donc ajouter : noyauté également par une myriade de musiciens excellentissimes, de folie même. La première pièce est incroyable, une demi-heure habitée avec « Konstanze’s Delight » le morceau titre, enregistré live au « 3rd Street Music School » à New-York, le vingt-quatre octobre quatre-vingt-un, je ne m’en lasse pas…
Viennent ensuite « Chasing The Moon » lui aussi sur ce même nuage et « High Rise » d’un peu plus de deux minutes, pour dire au revoir…
L’est pas né au bon moment, trop en retard avec tous ceux de sa génération qui ont subi le même sort, pourtant tellement bons mais pas vraiment reconnus, des héros de poche, qui font le bonheur de quelques-uns, tandis que les gens écoutent ailleurs…
Il nous a quitté le vingt-neuf août deux mille vingt et un, il n’en parlait jamais, mais il est né malade, drépanocytose, il s'est assis un beau soir sous le porche de sa maison, à Atlanta, et est passé de l’autre côté, tranquillement, sans faire de bruit…
Voici le lien Discogs vers la pochette vinyle: https://www.discogs.com/fr/release/1607416-Jemeel-Moondoc-Sextet-Konstanzes-Delight