Bojan Zulfikarpašić – Koreni – (1999)
Bojan Zulfikarpašić est plus connu aujourd’hui avec le diminutif « Bojan Z », apparu assez vite pour simplifier la prononciation de ce nom d’origine Serbe. Ce serait là son second ou troisième album enregistré en tant que leader, mais il a également participé aux albums d’Henri Texier « An Indian's Week » et « Mosaïc Man », sur le « Label Bleu » qui patronne également cet excellent « Koreni ».
Bojan est pianiste, chanteur et compositeur de six pièces, sur les dix présentées ici. La toute première « La petite Gitane (Cigančica) » qui ouvre donc l’album est un traditionnel serbo-croate absolument magnifique, qui emporte et fait tourbillonner, avec un excellent guitariste, Vlatko Stefanovski, il y a également deux bassistes, le magnifique Kudsi Erguner, d’origine turc, à la flûte ney, et Julien Lourau au saxophone soprano. Il faut également souligner l’apport de Karim Ziad au bendir, au karkabou et au tambour taarija qui complète.
On comprend assez vite que Bojan dégaine, pour le meilleur, les couleurs du folklore de la musique Balkanique, qu’il mélange savamment au jazz et aux musiques improvisées. « Cecen Kizi », avec un Julien Lourau incandescent, en est un parfait exemple, ce classique Ottoman, écrit par Tanburi Cemil Bey, est parfaitement actualisé et transformé, typique de cette musique hybride.
« Sveti Bože (Dear Lord) » provient d’un chant religieux du XIV ème siècle, une pièce magnifiquement arrangée et très tendue où les solistes brillent avec ferveur, ney, saxophone et piano conjuguent une montée en apothéose… « Zulfikar-Pacha » de Bojan est également addictif, avec ses sonorités d’Europe de l’Est, entre Orient et Occident, crépusculaire et triste…
« Satcha » qui ferme l’album au bruit des bouteilles qui se brisent, des cris qui s’envolent, éclate en plein essor comme une fin de banquet qui s’achève dans les excès et les horreurs, d’avoir été trop loin, trop…
Un pas décisif de la part de Bojan dans sa conquête de la scène musicale française, qui saura l’accueillir et le choyer, il est vrai qu’il le mérite, fidèle à tous les rendez-vous.