... Et accessoirement mon album de rap préféré. Cela n'en fait pas un album parfait, et on va immédiatement dire pourquoi il ne l'est pas :


1 - Dix huit morceaux, avec pas mal qui sont bien longs (Vie Sauvage, Les Oiseaux, Magnum, El Chapo et Situation font tous cinq putains de minutes ! Certains paraissent courts, Oiseaux, Sauvage et El Chapo, mais Situation et Magnum traînent en longeur !) on ressort de tout ça érreinté !

2 - Le Bruit de Mon Âme n'est pas aussi "brut" et "pur" qu'Or Noir I et II. Le projet a des facettes multiples, car en effet, à l'exception du titre éponyme "Or Noir" du premier album de Kaaris, ici, on trouve des pistes plus intimistes en plus grand nombre (Voyageur, Le Bruit de mon Âme, même Zone de Transit !) et il se dégage de cet album un aspect presque... déconstruit, ou du moins, la ligne artistique est moins évidente. Attention, ça ne veut pas dire que le projet est incohérent, ça veut juste dire qu'on y rentre et on en ressort avec des sentiments divers, des émotions contrastées.

3 - Il y a trop de featurings. Je sais qu'après l'embrouille avec Booba et sa ligne artistique suggérée sur Or Noir (un brin étouffante !) Kaaris voulait se montrer avec du beau monde sur ce projet, mais bordel, Lacrim, Future, 13 Block, Blacko, Ixzo et Solo le Mythe ? Putain de bordel de merde, mais arrêtez de dilluer mon Riskaa les enfants !


Maintenant que cela est dit, disons les termes :


Le Bruit de Mon Âme est infiniment plus riche, complet, travaillé et exhaustif qu'Or Noir, et il dit bien plus de Kaaris que son précédent album. C'est aussi la vraie succession de Z.E.R.O. Cela ne veut pas dire que j'oppose et émet un jugement de valeur sur le fascinant Or Noir en disant que LBDMA est meilleur que le classique intemporel du bonhomme, mais factuellement, LBDMA offre beaucoup plus de choses.


Et c'est pour ça que j'adore ce projet et le préfère à Or Noir, mais laissez moi défendre cette opinion :


Kaaris a une plume de salopard. Le mec est génial. Il manie la métaphore et le sens de la formule comme personne dans le rap français "mainstream" (je ne vous ferai pas l'affront de dire qu'il fait mieux que tous les rappeurs, je suis loin d'être expert de la scène underground). Et au lieu de me contenter de dire ça sans citer le moindre exemple, je vais vous envoyer une tornade de citations :


"J'ai arpenté à travers le rire des hyènes en train d'enfanter, jusqu'à ce que la lune décroît pour me faire un berceau argenté"


"Toujours à l'aube d'une guerre, je suis toujours à la veille d'une autre"


"Qui va m'attendre sur l'autre rivage ? je ne suis que de passage, je viens chanter et mon message se transforme en plusieurs visages"


"Tu reviens les bras ballants, parce que la chance n'est que le sourire du talent"


"Le ciel l'a déjà cartographié, mais le chemin ne le sait pas"


Alors, Kaaris prêt pour sortir le recueil de poésie ? Sans doute pourrait-il, mais il n'oublie pas qu'on est là pour entendre des trucs un peu limite, un peu sale, mais juste un peu :


"J't'encule ta femme et ta progéniture, telle mère, telle fille !"


"Qui est venu pour me caner ? Qui veut me stopper c't'année ? Cette baltringue n'est pas né ! Sa flore anale va fâner !"


"Le bouchon de liège est dans ton anus, et je pousse encore avec mon phallus, il était temps que tu traces et t'arrête tu n'as laissé trôner que la trace de ta raie."


"Elle essaie d'avaler le tout, comme si ma bite avait bon goût !"


"J'sors un famas, de mon chapeau, et tes cinq litres de sang éclaboussent la tête de mort floquée de mon drapeau."


Toujours très graphique, toujours très agressif, Kaaris n'a rien perdu de sa brutalité et de sa sauvagerie, elle est ici par contre plus contenue, plus canalisée, employée de façon différente. A la performance proche du freestyle permanent et de la rafale de punchline sanguinaire d'Or Noir, Kaaris ici varie les flow, travaille différemment la rythmicité et Therapy Music en profite pour offrite un univers musical plus ouvert, mais fidèle à la puissance virile de la voix du MC.

On est donc bien devant un successeur d'Or Noir, mais c'est un album qui le dépasse, qui le transcende, veut emmener Kaaris à un nouveau niveau.


Et ce niveau, à l'occasion, est purement et simplement stratosphérique. Se-vrak, parlons de Se-vrak, on aime parler de Zoo, parce que c'est le morceau solo qui a révélé la toute puissance machiavélique de Kaaris au grand public, mais Se-vrak c'est pire, genre, c'est d'une brutalité folle, le flow y est frénétique, la prod, en avance sur son temps, ramenant une rythmique drill cinq ans avant la mode en France, est un ovni d'une puissance phénoménale. Sérieusement, Se-vrak, c'est plus que quelque chose.


Et El Chapo ? En dehors d'être une exécution en bonne et due forme d'un Lacrim invité sur le morceau pour se manger la PLS de sa vie face à la brutalité de son hôte, c'est l'occasion pour Kaaris de surrenchérir dans la violence :

"Dans la street déferle sur mes négros comme Katrina

Du biff, faire du biff, peu m'importe ce qu'ils inhalent

Pochette Gucci pleine de sses-lia

J'suis dans le carré V.I.P. plein de bles-dia

Des 'teilles, des 'teilles, des 'teilles, sisi de la hyia

Tout ça j'l'enfonce dans l'gros boule d'Iggy Azalea

Pas d'négociations, j'compte bien t'la mettre

Tu pourras me sucer moi et mon gang d'aliens

On t'ouvre le bide direct on récupère la meth'

On t'laisse avec une cicatrice de césarienne"


Et tout ce joyeux enfer de second couplet se termine sur le si con et si puissant :


"Rien à branler, rien à ler-bran

Pour moi le monde s'arrête à Sevran

K-double-A a.k.a Shaka Zulu gravé sur une défense d'éléphant"


J'ai parlé de Crystal avec Future ? Parlons de Crystal avec Future, mais pitié, cette fois bref : allez écouter ce son. On vous racontera des bobards sur les connexions France / US réussie en citant des trucs aseptisés et chiant comme le morceau entre Lacrim et Lil Durk "On fait pas ça" ou Ninho et Central Cee "Eurostar" mais n'en croyez rien : rien ne top, ni même approche, "Crystal" de Kaaris et Future.


Je pourrais continuer des plombes à vous parler du Bruit de mon Âme pour vous expliquer à quel point cet album est mortel, mais j'en ai dit assez, et comme dirait Kaaris lui-même :


"Le temps c'est de l'argent, met de la cock dans ton sablier"

Oursgrincheux
9
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Créée

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