Lee Konitz With Warne Marsh – Lee Konitz With Warne Marsh – (1955)
Voici une bonne bouteille millésimée, cru mille neuf cent cinquante-cinq, avec deux saxophonistes qui ont l’habitude de se côtoyer, le bien connu Lee Konitz, joueur de sax alto, et le moins connu Warne Marsh au sax ténor, un gars spécial. Aujourd’hui il est difficile d’imaginer ce que représentaient ces gars-là, tant, vu d’ici, tout se ressemble et même se vaut.
C’est évidemment une fatale erreur qui ferait bondir les plus anciens, cet album en est un parfait exemple, il se distingue déjà par son « école », comme on disait autrefois, ici c’est de la musique typée « cool », dans la lignée de Lennie Tristano, le père spirituel dont les deux jouent l’excellent « Two not one ». Le plus connu des suiveurs est certainement Miles Davis, mais faisons avec ces deux-là, le voyage en vaut la chandelle, comme on disait, autrefois…
Sur la pochette on les voit bien potes, et c’est la réalité, le prénom « Lee » est écrit en gros, ici, c’est lui le boss, Warne est l’invité, son nom est plus petit… Pourtant ce gars est tout à fait exceptionnel, non pas parce qu’il joue sur une jambe avec un bras en arrière, non, mais pour la qualité de son jeu qui subjuguait à l’époque.
Evidemment ce n’est pas Charlie Parker, ça tombe bien car il ne s’inscrit pas vraiment dans cette lignée, lui, l’homme du « cool jazz », son héro ce serait plutôt Lester Young si on remonte encore un peu le temps. Et puis il y a ce truc chez Warne, il s’installe goulument dans les sons aigus de son ténor, à tel point que parfois on ne sait plus très bien si c’est Lee à l’alto qui joue ou Warne au ténor !
Warne possède un son chaud et doux comme une caresse, quand on pense que dans les années cinquante certains prétendaient que les musiciens « cool » manquaient de swing et possédaient un jeu froid, ils n’ont pas dû écouter Warne Marsh ! Son jeu est réputé complexe et acrobatique, une anecdote raconte que lors d’une Jam Session, où il jouait avec Stan Getz, il a bluffé ce dernier qui en était presque intimidé !
Les accompagnateurs sont également superlatifs, le pianiste Sal Mosca, le guitariste Billy Bauer, Oscar Pettiford à la basse et Kenny Clarke à la batterie. Les pièces jouées sont essentiellement des standards, le fameux « Topsy » de Count Basie, revisité, le « Donna Lee » de Charlie Parker, « Don’t Quawk » d’Oscar Pettiford et « Background Music » signé de Warne Marsh. « Ronnies Line » composé par le pianiste Ronnie Ball voit le compositeur remplacer au piano Sal Mosca sur ce titre.
Un bon album de Jazz Cool, assez représentatif de cette lignée du jazz.