Naked City – Leng Tch'e – (nov - 1992)
Je vais faire contre-pied à mon parti-pris de départ, en vous présentant « Leng Tch'e » dès maintenant, en priorisant la continuité chronologique. Il faut savoir que sur l’intégrale « Naked City » cet album est tout bonnement rejeté à la fin de la compile, il est peut-être plus judicieux de suivre la date de sortie qui correspond également à une sorte de « continuité artistique », bien que…
« Leng Tch'e » se présente en une seule pièce assez courte, trente et une minutes trente-sept au total, ce qui est peu, mais elle est cependant très intéressante et à ce titre mérite la place qui lui est faite lors de sa sortie sur un seul Cd.
En effet l’expérience sonore est tout à fait dantesque, c’est un truc énorme, j’imagine que Bill Frisell a dû prendre un giga pied à enregistrer cet album qui ne lui ressemble pas du tout, mais qui l’a probablement fait salement marrer !
Sur Discogs ils disent « Doom metal », ce doit être ça, extrêmement puissant, lourd, ça avance assez lentement, avec une force destructrice qui broie tout sur son passage avec la sensibilité d’un rouleau compresseur, les cris de Yamatsuka Eye ajoutent à la torpeur qui nous saisit.
Rien ne faiblit et tout gonfle au fur et à mesure, sans rien lâcher, à aucun moment, l’avancée semble linéaire et sans merci, destructrice comme le ferait une machine sans âme, si parfois on semble arrivé au bout de quelque chose, c’est juste une impression, une hypothèse aussitôt démentie, « Leng Tch'e » est imparable et sans pitié, il se renforce sans cesse et n’offre aucun répit. Aucun.
La voix de Yamatsuka Eye représente quelque chose comme cette humanité broyée qui clapote dans ce marasme glauque et jaunâtre, les vers que la machine écrase sur son passage ont peut-être eu forme humaine, quelques secondes avant la fin la voix se tait et le silence bientôt se fait, l’ange exterminateur est passé, il ne reste rien qu’un grand vide…
Magistral.