Louis Sclavis Sextet – Les Violences De Rameau – (1996)
Louis Sclavis sur ECM, déjà presque une victoire, mais le gars est tellement particulier qu’il va ajouter un peu d’embrouilles dans la machine. Rassurez-vous, en tout bien, tout honneur, il va pêcher par grandeur d’âme et hauteur de vue. C’est comme ça, d’autres à sa place se seraient fondus dans la recette et auraient épousés les standards du label, faire du propre et du net.
Pas lui, il a écrit un truc ambitieux et carrément d’avant-garde, une véritable œuvre d’auteur, qui sort de l’ordinaire et qui n’appartient qu’à lui. Gloire à Louis Sclavis qui joue dans le dur et croit en sa bonne étoile, il fait bien d’ailleurs, car Manfred Eicher y a toujours cru lui aussi, contre vents et marées…
Voici le sextet, Louis à la clarinette, clarinette basse et saxo soprano, Yves Robert au trombone, Dominique Pifarély au violon acoustique et électrique, François Raulin aux claviers, Bruno Chevillon à la contrebasse et François Lassus à la batterie. Ne vous inquiétez pas pour eux ce sont tous des pointures et la copie est magnifique, tendance sublime…
Pour bien comprendre le projet il faut savoir que « Les Violences de Rameau » était une commande du ministère de la culture qui subventionnait l’affaire, les pièces étaient arrangées d’après « Les Boréades », « Les Indes Galantes » ou « Dardanus », un répertoire classique bien sûr, qui imprègne l’ensemble de l’œuvre.
Pourtant on entend l’influence jazz qui se glisse, ou même quelques folks qui s’insinuent, une légère teinte rock parfois, mais aussi la musique de chambre, et des structures non habituelles, des mélanges inédits, et par-dessus tout ça, l’impro qui s’invite au milieu du menuet…
Tout le charme est là, dans « Réponses à Gavotte » qui s’électrise ou « le diable et son train » qui ouvre le bal et « Pour vous… ces quelques fleurs », d’après « l'éclat des roses », dans les « Indes Galantes ». Vous l’avez compris, ici, c’est du hors-piste, de l’aventureux, ce genre d’album est forcément excentrique et même parfois délirant, loin de l’académisme de départ, mais cette folie étrange était d’emblée contenue dans l’intention, le geste était réclamé en même temps que l’insolite et l’étrange.
Voici la citation de Rameau qui figure en bonne place sur le livret accompagnant : « Le désespoir et toutes les passions qui portent à la fureur demandent des dissonances de toutes espèces non préparées. » Nous voilà prévenus !