Ce nouvel album de Cecil Taylor sorti le mois dernier correspond à un concert donné au « Tampere Jazz Happening », en Finlande, le trente octobre 1998. Cecil Taylor est à la tête d’un quintet qui comprend Tristan Honsinger au violoncelle, Harri Sjostrom au sax soprano, Teppo Hauta-Aho à la basse et Paul Lovens à la batterie, aux cymbales et aux gongs, et, bien sûr, Cecil Taylor au piano.


Cette formation avec un accompagnement très européen est plutôt inhabituelle dans l’univers du pianiste. Ce qui frappe en premier lieu, à l’écoute de l’album, c’est la place du piano dans le spectre sonore, pas vraiment centrale, côté gauche, en équilibre avec la batterie de Paul Lovens, celle-ci est très en avant. La basse se pose centre droit et le soprano plus à droite encore, le violoncelle, lui, est central.


Il est toujours intéressant de « spatialiser » les instruments dans le free jazz, car c’est une musique qui se nourrit des espaces dans les trois dimensions, plus marquant encore c’est l’égalité de traitement entre les instruments ou plutôt entre les musiciens, car Cecil Taylor n’est qu’un cinquième ici, ce qui fait intervenir la notion d’équilibre.


La pièce jouée « Despérados » s'étale sur une durée de plus de soixante-quinze minutes, l’improvisation est totale, extrêmement dense, créant une masse sonore où chacun évolue dans son pré carré, à l’écoute des autres membres de l’ensemble. Cecil Taylor, Paul Lovens et Teppo Hauta-Aho quasi sans discontinuer tout au long du morceau, les interventions de Tristan Honsinger et de Harri Sjostrom sont plus ponctuelles, en alternance ou ensemble, c’est selon.


Ce qui fait l’intérêt d’un album de Cecil Taylor c’est souvent ce que j’appellerais « l’effet tempête » ou même « tornade », on n’y échappe pas ici, et c’est tant mieux parce que c’est ce que recherche l’auditeur, se sentir pris, happé par un tourbillon sonore qui ne s’épuise pas, se réinvente sans cesse, sans discontinuer, gagnant même en puissance, tout juste se calme-t-il légèrement aux alentours des cinquante minutes et de l’heure, pour mieux repartir…


Quand Paul Lovens lâche pied à dix minutes de la fin il est intéressant d’observer le piano de Cecil qui semble étendre son périmètre tandis qu’Harri sjostrom s’épuise dans les plus beaux chants. Quand le piano se tait vers la soixante-troisième c’est le violoncelle de Tristan Honsinger qui aussitôt occupe l’espace central, et là, on voit bien que tous s’amusent, Tristan chante et parle, en écho à la scène d’ouverture, formant ainsi comme une boucle… Ainsi, la tempête étant passée, tout se calme et se tait.


xeres
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le 10 mars 2026

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