En 1984, j'avais 12 ans. M'imaginer me trouver sur le lieu de ce concert enregistré était inconcevable. J'en aurais assurément été terrifié, traumatisé, avec à la clé l'inquiétude des parents bons pour m'envoyer dans une série de consultations chez le psychologue. Si Henry Rollins avait pointé son regard sur moi à l'époque, supposons, je me serais chié dessus. À l'inverse, si j'avais aimé, ça aurait été pire avec des sorties de crucifix pour m'exorciser du démon rébellion ou m'excommunier par le curé de campagne du coin parce que j'aurais choqué quelques bigotes du village m'ayant entendu éructer ma rage dans la rue.
Mais il n'y a rien eu de tout ça, même si j'aimais des "bizarreries", des choses marginales malgré la condition éducative à regarder sagement des émissions comme Disney Dimanche.
Black Flag était un groupe dangereux au même titre que d'autres formations qui ne faisaient aucune concession. Black Flag faisait peur. Henry Rollins était déjà une bête au regard féroce, au visionnage d'une VHS d'un concert en Angleterre dans la même période, là où le guitariste fondateur du groupe, Greg Ginn, crachait sur la tignasse d'un type qui l'énervait.
Si on me demandait de définir le hardcore, je ne répondrais pas verbalement. Je ferais écouter au choix Damaged ou bien ce Live '84. Ici, ce sont dix neuf titres où Henry Rollins chante/hurle au point parfois de manquer d'air, où la guitare d'un Greg Ginn électrifié dégueule des riffs dissonants rauques et agressifs, sans oublier la partie basse batterie qui consolide une base rythmique musclée pour les morceaux rapides (au choix mes préférés comme "Black Coffee", "Forever Time", "Sixpack", "My War", "Slip It In"), ou lourde pour des titres plus lents comme "Nothing Left Inside"