Live at the BBC n’a pas été conçu comme un grand manifeste scénique, ni comme un objet artistique destiné à traverser les décennies. Son objectif était originellement beaucoup plus simple : montrer les capacités du jeune groupe Dire Straits, celui de 1978, encore presque timide et artisanal et le présenter à la BBC comme on présente un groupe prometteur à un comité de sélection. C’est un live de présentation, pas un live de consécration (Evidemment Tunnel of Love étant l'exception, joué 2 ans plus tard).
Le répertoire est celui du premier album, joué sans fioritures, sans lâcher la partition : Down to the Waterline, Water of Love, Wild West End, Lions, Sultans of Swing. Le groupe ne cherche pas à surprendre, il cherche à prouver qu’il sait reproduire son son en conditions réelles. Un autoportrait du 1er album un peu scolaire, quoi.
Une seule curiosité : What’s the Matter Baby?, morceau jamais sorti en studio, qui vise sans doute, d'abord à faire plaisir à la BBC avec un inédit, ensuite sans doute à montrer que ce n'est que le début de Dire Straits. Bon, je ne crois pas avoir plus jamais ré-entendu ce titre, ni sur un futur album studio ou EP, ni en live. Dire Straits n’est pas encore cette machine à stade. Il leur faut convaincre les programmateurs, les radios, les salles. Ce live s'assimile presque plus à un dossier de candidature.
Capté au Paris Theatre, une salle BBC utilisée pour les sessions live, avec un matériel correct mais pas spectaculaire, cela nous met loin des moyens de Alchemy ou des captations de tournée. Mixage minimaliste, un peu brut, même : peu de retouches, peu de profondeur, une image sonore étroite. Le groupe n’a pas encore le luxe d’imposer ses conditions techniques. Le contexte joue contre eux : 1978, petit budget, petit plateau, un groupe encore inconnu. Le son reflète exactement ça : c'est un peu terne, pas très flatteur, mais honnête. Il faut rappeler que cet album est sorti en 1995, alors que les Straits ont terminé leur carrière. Ca console les fans, tel un bootleg devenu officiel et ça fait rentrer le cash.
L'album Sultans of Swing ne m’ayant jamais transporté, ce live ne renverse pas la table non plus. Le morceau éponyme est évidemment le centre de gravité du set, mais il n’y gagne rien : même structure, même phrasé, même solo. Pas de tension supplémentaire, pas de souffle scénique. Le live ne transcende pas le studio, il le reproduit, en moins bien. Et plus largement, le concert manque de relief : pas de variations, pas de réarrangements, pas de prise de risque. Dire Straits est encore un groupe appliqué, pas un groupe qui affole les foules.
Live at the BBC n’est pas un grand disque, ni un live indispensable. C’est un document de jeunesse, un témoin des débuts, un instantané d’un groupe encore en rodage. On peut y entend (rétrospectivement) la précision, le sérieux, la promesse — mais pas encore la magie. Ce n’est pas fantastique, et ce n’est pas grave : c’est le premier chapitre, pas le roman.