Si avoir manqué l'unique concert de Joy Division à Paris (aux Bains Douches) est l'un des grands regrets d'une vie de rock'n'roll, ce bootleg magique de célébrissime gig du Paradiso est soit une consolation, soit un brûlant rappel de notre tragique erreur. Car Joy D n'a jamais été aussi impressionnant que durant ces 65 minutes dévastatrices et glaçantes : le grondement monstrueux de la basse de Hook contrastant avec le son creux et aigrelets des guitares et des claviers, les chansons d'une beauté livide terrassantes, et surtout la voix glaciale d'un Ian Curtis particulièrement épileptique (!) et fatigué. L'impression de rage est suffocante, mais c'est devant tant de splendeur que l'on se sent défaillir. [Critique écrite en 1990]