Ivo Perelman, Matthew Shipp, Jeff Cosgrove – Live In Baltimore – (2017)


Ivo Perelman est prolixe en enregistrements de studio, ses prestations live sont plus rares, bonne raison de se pencher sur ce « Live In Baltimore », qui ne contient qu’une pièce, « Second Set », mais remarquable par sa durée, cinquante et une minutes.


Ivo joue du sax ténor, Matthew Shipp du piano et Jeff Cosgrove de la batterie. Une formation ramassée sur ses trois pôles d’équilibre, ça s’est déroulé à Baltimore donc, à « An Die Musik », dans une vieille bâtisse où un espace musical a été créé, ce jour du vingt-cinq juin deux mille dix-sept. Ils étaient soixante-quinze dans le public, assis sur les soixante-quinze fauteuils en velours, un dimanche après-midi. « C'était comme jouer dans le salon de grand-mère » confie Ivo dans les notes de pochette.


Il y avait également ce défi musical, jouer pour la première fois en compagnie d’un nouveau batteur, Jeff Cosgrove, qui, avec un « o » supplémentaire, placé à côté du second dans son nom, aurait pu rassurer ses partenaires, avant même de s’asseoir devant sa batterie… mais le test fut réussi haut la main, fort brillamment, comme en témoigne le groove de ce formidable enregistrement.


On connaît la réputation de Baltimore, la ville triste et sombre, perdue dans les affres de la pauvreté et de l’insécurité. Avec ses coupe-gorges et ses quartiers dangereux, où l’on peut perdre sa bourse dans chaque coin de rue, là où même les sourires peuvent sembler parfois inquiétants, car le mal ronge les humains, tant ceux qui vous promettent l’or, que celles qui vous offrent le bonheur et les plaisirs, fuis Baltimore et les malandrins, avant que de payer ton écot à la misère !


Rien de tel pour Ivo et ses partenaires, dans ce salon littéraire, jouant de la musique devant ces fauteuils réchauffés, où l’art se livre au jeu de la séduction, avec frivolité et coquetterie, devant ce parterre choisi, ces happy few heureux d’être là, tout comme nous rassemblés, devant ce petit trou de serrure, avec un casque hi-fi sur les oreilles…


Oui, tout se passe bien, c’est très, très beau, Ivo parfait comme à chaque fois, Matthew Shipp tout simplement incroyable, à lui seul il remplit l’espace, tapisse le fond, joue des soli et ravit l’oreille en nous comblant de ses prolifiques vertus musicales, magicien issu du Royaume des Lyres, tel un ange il agit, léger mais précis, invisible mais toujours présent, bienveillant et efficace, laissant juste assez d’espace à Jeff Cosgrove pour qu’il puisse marteler et faire sonner, les temps, le swing et l’énergie.


A nouveau un magnifique album de la part de ce ténor, si haut perché !

xeres
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