Dans un pays comme le Brésil où la musique est élément de vie, et non de culture ou de divertissement comme en Europe, il n'est pas vain de savoir que Caetano Veloso est aujourd'hui le plus respecté des défricheurs, de ces aventuriers qui construisent la « brasilianité » de demain, au juste carrefour du Rock, de la Bossa Nova et de l'expérimentation. "Livro" bénéficie de la production sophistiquée de Jaques Morelenbaum, qui privilégie la structure rythmique (bahianaise ?) de chaque morceau sans craindre pour autant d'aller chercher des orchestrations dignes de Broadway. Résultat, l'album oscille sensuellement entre caresses et cacophonies savamment polyrythmiques, sans jamais que l'équilibre parfait du chant soyeux de Veloso en soit affecté. Cette musique, brésilienne cœur et âme, mais néanmoins universelle, est aussi cérébrale qu'instinctive : c'est un pur bonheur. [Critique écrite en 1997, modifiée en 2015]