J'aime beaucoup Gaerea. J'ai découvert le groupe avec son 2ème disque : le phénoménal Limbo quelques temps après sa sortie et j'ai été immédiatement conquis. D'abord par le visuel avec cette peinture qui pose l'ambiance avant d'avoir entendu une seule note, puis par le look du groupe : des silhouettes cagoulées arborant un symbole mystique.
Venons-en au plus important : la musique. Je la reçois comme un black métal assez moderne, très bien produit et au croisement de différentes influences. La voix rappelle plutôt les penchants dépressif du style, les guitares proposent à la fois du riff incisif et rentre-dedans (Urge), des nappes plus mélodiques (To Ain) mais sans jamais délaisser le tremolo picking caractéristique du genre, toujours accompagné par son blast beat pour donner corps à l'ensemble. On remarque aussi que le groupe n'a pas peur de faire durer le plaisir avec des titres qui prennent leur temps : 3 sur 6 avoisinent les 10 minutes ! Et ce n'est pas pour me déplaire puisque ce sont les meilleurs d'un disque qui est donc une excellente découverte.
J'ai ensuite écouté l'album suivant : Mirage, durant mes traditionnels rattrapages de janvier sur les sorties de l'année précédente et la magie a opéré une nouvelle fois. Les morceaux sont devenus plus digestes mais l'atmosphère est toujours présente. La musique des portugais me chope qu'elle soit désespérée, mystique, solitaire ou agonisante et elle ne me lâchera plus. On s'éloigne encore un peu plus du son black métal traditionnel pour aller vers des sonorités sludge et post-métal. Si je lui préfère son aîné, des titres comme Arson, Salve, Mirage ou Mantle trouveraient très bien leur place dans une setlist du groupe.
Arrive ensuite 2024 et Coma permet au groupe de gagner encore en notoriété. Je pense d'ailleurs que sa sublime pochette n'y est pas pour rien. Et c'est selon moi ici que Gaerea confirme qu'il est plus qu'un simple groupe de post-black. Impossible de résister aux merveilles que sont Suspended, dont le titre ne pourrait pas être mieux choisi, Hope Shatters et ses guitares déchirantes ou encore The Poet's Ballet qui ouvre le disque avec une puissance dingue. C'est l'album le plus accessible du groupe à ce jour et je me demande si ce n'est pas son meilleur (mon cœur balance avec Limbo). Ce qui est certain c'est que le groupe est maintenant incontournable et je défie quiconque d'oser me répondre le contraire après l'écoute de Wilted Flower.
C'est en 2025 que j'ai décidé de prendre le temps de revenir aux débuts du groupe avec l'écoute de leur EP et d'Unsettling Whispers. Ce sont 2 bons disques mais l'EP n'est pas mémorable car un peu trop classique dans le genre. Quant à l'album, il est très solide avec un son puissant et quelques compos comme Whispers ou Extension to Nothingness qui laissent entrevoir ce que le groupe proposera ensuite quand il osera affirmer un peu plus ce qui fait sa spécificité.
Et c'est ainsi que nous arrivons (enfin) à Loss, nouvelle publication du groupe (qui force le respect par la régularité de ses sorties) maintenant sous le pavillon de Century Media. Ce changement de label est un signe de plus que Gaerea joue maintenant dans la cour des grands. Première surprise avec la pochette, qui détonne avec la direction artistique que nous connaissions : est-ce le signe d'un son plus électronique avec ce orange qui fait du pied à mon amour pour la synthwave ? Je préfère attendre la sortie de l'album au complet plutôt que de me faire une idée sur un single.
C'est Luminary qui sert d'ouverture et c'est déjà une nouvelle surprise, le son est effectivement bien différent et ouvre encore plus la musique du groupe avec une batterie qui n'a plus grand chose de black métal et une voix qui pourrait coller sur un disque de Parkway Drive. Ce n'est pas une mauvaise chose dans ma bouche mais ce n'est clairement pas ce que j'espérais. J'ai même l'impression qu'on souhaite me faire chanter le refrain en live (ce qui arrivera peut-être car je vais enfin avoir la chance de pouvoir voir le groupe au cours des festivals de cet été). Submerged prend la suite et confirme qu'il a bien été décidé d'explorer de nouvelles sonorités (des percussions électroniques ?!) et c'est ici que je dois confier qu'il m'a fallu plusieurs écoutes de ce disque avant de pouvoir m'arrêter sur une note à lui attribuer. C'est effectivement un sacré changement pour le groupe : on compresse les guitares, les cris sonnent comme ce qui fait les beaux jours de la scène metalcore actuelle et on se permet même des chœurs en voix claires pour souligner les refrains. Je comprends maintenant pourquoi c'est lui qui a été choisi comme premier single : c'est un morceau touchant et qui reflète très bien les choix faits pour ce disque. On enchaîne avec Hellbound, qui semble lui aussi conçu pour être un tube en live par sa capacité à faire secouer la tête et à donner envie d'hurler "I burn like fire !!!!". C'est ensuite au tour d'Uncontrolled de prendre le relai avec son riff et son refrain très efficaces et encore une fois très typés metalcore. C'est ensuite le mélodique Phoenix qui nous amène vers le milieu du disque avec encore un titre entraînant calibré pour le live. Cyclone surprend alors une nouvelle fois l'auditeur par son intro aérienne et ses refrains en chant clair : cet album va diviser les fans du groupe c'est certain. Je revis d'une certaine façon les sensations que j'avais eu en écoutant pour la 1ère fois le A Thousand Suns de Linkin Park et ce n'est pas l'interlude LBRNTH qui contredira ce ressenti. Place ensuite à un nouveau tube avec Nomad, magnifique errance qui en fait en de mes favoris de l'album. Enfin, la clôture a été confiée à Stardust, le morceau le plus long de la galette pour un superbe voyage électronique et mélancolique ponctué de quelques explosives envolées qui marque l'apogée de Loss.
Quelle aventure ... Loss ne laissera pas indifférent, c'est certain. Et si une partie des fans rejetteront la proposition, le groupe a tout ce qu'il faut pour séduire un nouveau public. En tournant le dos aux racines black métal du passé pour embrasser un son moderne, plus accessible et des constructions plus pop, Gaerea livre un disque qui bouscule. Il m'a fallu plusieurs écoutes pour dépasser ma déception initiale mais je pense qu'une copie de Loss trouvera sa place dans ma CDthèque même s'il n'atteint pas les sommets de Limbo ou Coma. En tout cas j'ai hâte d'enfin rencontrer le groupe sur scène au Hellfest et/ou au Motocultor de cette année.