Youn Sun Nah – Lost Pieces – (2026)
Après avoir connu un début de carrière tonitruant dans l’hexagone, invitée star lors des festivals d’été et artiste vénérée par les grands médias, la chanteuse d’origine coréenne a connu un virage dans son milieu de carrière, après le magnifique « Lento ». On retiendra également les très bons « She Moves on », « Voyage » et « Same Girl », ce dernier resplendissant dans sa version augmentée.
C’est en fait son accompagnateur fétiche d’alors, Ulf Wakenius, qui démarque les limites, il était autrefois le bras droit de l’Oscar Peterson Quartet. Sa déchéance, sans doute imméritée, se fit au travers de critiques l’accusant de plagiat à propos d’un air brésilien, quelques lignes perfides dans un journal de jazz bien connu. J’avais comparé à l’époque les versions mais n’avait pas été frappé tant que ça, il en existe beaucoup de pires qui circulent, par ailleurs le jazz autorise les reprises, c’en est même un véritable « sport », un passage obligé.
Bref, Ulf était le parfait « bouc émissaire » de ce changement qui vit Youn Sun Nah rechercher un autre « Ulf » dans le circuit du jazz français, il semble qu’elle ait besoin d’une béquille ou d’une épaule pour s’y appuyer, bien qu’elle fasse déjà beaucoup, sur cet album par exemple elle est à l’origine de toutes les compos.
Alors le faste ancien ne revint pas, bien que sa production restât toujours honorable, mais n’atteignait plus les rares grâces d’antan. Le temps a filé bien vite et les sorties également, celle-ci plutôt bonne, qui me plonge dans les souvenirs anciens et les sonorités nouvelles, « Where’d You Hide », « Lost Pieces », « A Map Of Pain », « I Can’t Sleep » ou « We Never Were » vont bien, à l’image de l’ensemble de l’album.
Youn semble à la recherche de ses propres « fragments perdus », éparpillés, ses blessures ou ses pleurs, ses peines également, travailler à tout rassembler, réunir ce qui s’est brisé, trouver le ciment et refaire le lien, réparer, inlassablement…
Cet album a de la tenue, Youn Nah chante sans emphase, toujours la juste note, le phrasé adroit et les pièces toutes en justesse, l’album semble inattaquable avec cet équilibre interne absolument parfait.
La jeune garde française est à ses côtés, le guitariste Matthis Pascaud, Laurent Vernerey aux basses et Raphaël Chassin à la batterie et aux percus. Tony Paeleman est le roi des claviers, piano, wurlitzer, orgue Hammond et synthés, David Patrois est au marimba et au vibraphone. Pour compléter, voici la petite liste des invités, Christophe Panzani au ténor, Robinson Khoury au trombone et Alexis Bourguignon à la trompette et au bugle.
Certainement un des meilleurs retours de l’année !