9
2 critiques
J'adore !!!
melodrama raconte une histoire d’amour où on tient encore à l’autre, mais où la relation est devenue trop compliquée, pleine de douleurs, de souvenirs qui font mal et de choses qu’on n’arrive plus à...
le 1 déc. 2025
Mélodrame est bien sûr une chanson contemporaine, une chanson tiktok, de la pop rap vouée à couler de radio en radio, de reel en reel, un petit extrait suffit, juste un refrain - il s'agirait pas de s'ennuyer, de faire écouter plusieurs accords différents.
Cela dit, malgré tous les défauts induits, Mélodrame surnage sans aucune difficulté ; on l'écoute avec plaisir, quand elle surgit de la radio, de cette putain de radio imposée par les autres dans la voiture, en soirée, dans les magasins, et qui dégueulit à la chaîne des morceaux tous plus inspides les uns que les autres. Dans toute l'impuissance qu'impose le format des chansons radio, des chansons TikTok, Mélodrame parvient à créer de la magie.
Mélodrame est une chanson bien écrite. Sincèrement. Elle est même poétique.
La principale technique utilisée est celle du jeu sur les sonorités, mais même si celui-ci est un classique pour ce genre, il faut en même temps reconnaître qu'il sert ici parfaitement la chanson et ce qu'elle exprime, en créant un tableau à la fois monotone et plein de variations, bref un "méli-mélo" drame. Une scène que les deux personnages se ressassent en boucle après coup, chacun avec son propre angle. Chacun mésinterprétant les paroles et les gestes de l'autre, lui attribuant la fin de la relation ("tout roule pour toi", "je suis comme ce son que t'aurais pas shazam", "j'aurai jamais vraiment été ta Valentine"). Mais aussi mésinterprétant ses propres sentiments, se parlant à soi-même ("ça fait si mal alors que ça fait pas longtime").
(Le beat accompagne bien les paroles et véhicule bien cette nostalgie uchronique, cette langueur mélodramatique)
Le refrain est excellent, surtout cette première phrase autour de laquelle tourne le morceau (et qui avait vocation à servir de slogan pour s'accrocher aux réels, on va pas se mentir) : "Je suis comme un son que t'aurais pas shazam". Il crée une image qui est à la fois très évocatrice, originale, et bien rattachée à l'époque et au quotidien (de même que le TGV, le RER, les mots en anglais). Disiz enchaîne avec une variation : "je suis comme un con (dans ce méli-mélo-drame)", une phrase qui touche juste et suggère une prise de conscience (de même peut-être que "je plaide coupable"), qui exprime l'ironie derrière ces incompréhensions et cette espèce de paradoxe d'Abilène, où l'on prend de travers les intentions réelles du partenaire, avant enfin cette dernière phrase qui exprime une douleur paradoxale, où cette fois on est comme étranger même à soi-même ("ça fait si mal alors que ça fait pas long time"). Et lors de la reprise du refrain, ce dernier vers est remplacé par une nouvelle image forte, "C'est donc la dernière fois qu'on se raccompagne", qui parle à tous et explicite vraiment la scène.
Outre ces jeux sur les sonorités, on retrouve quelques métaphores plus ou moins filées, dont le contraste entre le TGV de Disiz et le RER de Théodora, chacun à son propre rythme et associé à l'état végétatif et aux "galères" respectivement, mais aussi celle très réussie du couplet de Disiz, de l'eau de Javel qui pleut et forme une aquarelle, "aux couleurs de la vie sans elle", mais une aquarelle comme ces formes liquides, instables, qui glissent sur la paroi d'une vitre, "tout coule", ce qui amène à exprimer quelque chose sur son âme, qui devient comme apathique, tout coulant autour sans plus l'émouvoir, ce qui contraste avec la vie qu'il projette sur elle, où "tout roule pour elle", ce qui revivifie la scène originale, celle du TGV. Il y a aussi une répétition, "qu'est-ce que j'ai fait ?", qui participe à cette idée de ressasser le passé et changer le monde, tout en le faisant de façon ambigüe - est-ce qu'il ignore son erreur où est-ce qu'il se demande comment il a pu faire une chose pareille ?
Le flow de Disiz sert bien le message, avec des vers trop courts pour la mélodie et qui s'allongent donc, comme un coeur qui s'épanche.
La partie de Théodora est un peu inférieure, mais pas non plus mauvaise, et elle contient cette très belle trouvaille : « Je t'ai dit "je t'aime" plus d'une fois ou deux / Mais, moi, j'ai dit "je t'aime" à un homme, pas deux" ». On est encore dans ce thème général de la chanson, ce méli-mélo-drame où ne parvient pas à comprendre l'autre et ses ambiguïtés. Théodora souligne qu'elle lui a dit "je t'aime". Elle essaie de dire qu'elle le lui a dit plusieurs fois, mais en fait c'était simplement "plus d'une fois ou deux", façon très claire de dire qu'elle ne lui a sans doute pas assez dit, qu'elle a essayé mais n'a pas toujours trouvé l'occasion. Puis elle se reprend et se justifie, en reprenant ce même "1 / 2" pour dire que "je t'aime", c'est une phrase qui a beaucoup de sens pour elle, quand bien même elle l'aurait dit si peu de fois : qu'elle ne le dit que pour un seul homme, le bon. Chose que manifestement, lui n'avait pas su sentir, l'avait pris à la légère. - Il y a aussi la possibilité qu'elle suggère que lui l'avait dit à plusieurs femmes.
Avec tout ça, je pourrais presque y aller carrément et donner un 8 ou un 9, mais c'est simplement impossible. Disiz et Théodora ont fait ce qu'ils pouvaient avec ce format, avec cette époque. Avec leur flemme aussi. Oui, cette époque où l'on se contente d'un bon refrain et de couplets prétexte (c'est déjà un miracle que celui de Disiz soit si bien écrit), et où on a cette manie insupportable de tout réduire au maximum dans la 2e moitié pour au plus vite ramener vers le refrain et le répéter autant de fois que possible. Alors on se contente d'un couplet assez pauvre de Disiz, en un seul quatrain, suivi d'un pont tout en scat de Théodora. Et le refrain final ne contient aucun twist (si ce n'est bien sûr qu'il soit repris en choeur). Outre que de travailler davantage la chanson aurait permis de peaufiner certains détails, d'être plus précis sur la nature de l'image du train et du RER - est-ce qu'ils expriment respectivement le rythme de l'autre personne ? si oui, est-ce à dire que lui a été trop lent, elle trop rapide ? si oui, pourquoi le RER est-il en fait associé aux "galères", et jamais explicitement à Disiz ? pourquoi subitement cette référence mystérieuse à l'enfance, à quoi ça renvoie exactement ? Etc.
Oui, il y avait là des gemmes, de la poésie, mais le format joue contre celle-ci. C'est aussi ça, le mélodrame contemporain...
Du moins, elle aura reçu un 7 avec compliments, et je l'ai même shazam.
Créée
hier
Écrit par
9
2 critiques
melodrama raconte une histoire d’amour où on tient encore à l’autre, mais où la relation est devenue trop compliquée, pleine de douleurs, de souvenirs qui font mal et de choses qu’on n’arrive plus à...
le 1 déc. 2025
7
4 critiques
Mélodrame est bien sûr une chanson contemporaine, une chanson tiktok, de la pop rap vouée à couler de radio en radio, de reel en reel, un petit extrait suffit, juste un refrain - il s'agirait pas de...
hier
7
4 critiques
Mélodrame est bien sûr une chanson contemporaine, une chanson tiktok, de la pop rap vouée à couler de radio en radio, de reel en reel, un petit extrait suffit, juste un refrain - il s'agirait pas de...
hier
4
4 critiques
La première (grosse) moitié du film est évidemment belle, le contraste entre les peaux bleues et cyan et avec la couleur de l'eau est simple mais efficace, visuellement "c'est un voyage", c'est sûr...
le 18 mai 2026
4
4 critiques
C'est très bien que Herzog soit transparent sur ses biais vis-à-vis de Gorbatchev, en tant qu'Allemand et plus personnellement, mais ça rend le film assez peu intéressant ; comme si c'était une...
le 18 mai 2026
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème