Dans les années 1980, il fallait battre le fer tant qu’il était chaud. Aussi, un an après le très bon Power Games, 220 Volt nous propose ce Mind Over Muscles qui élève une nouvelle fois le niveau, grâce à des compositions plus ambitieuses, mieux arrangées et mieux produites. Soutenus par un gros label, les Suédois voient leur album envahir les bacs européens, américains et japonais, ce qui est mérité.
Dès les premières notes de « The Tower », l’auditeur comprend que les musiciens ont décidé de lâcher les chevaux. Jouant toujours la carte de ce mélange entre heavy metal et hard rock, 220 Volt développe un riff énorme sur les couplets, avant de ralentir sur le pont et le refrain où Jocke prouve une nouvelle fois tout son talent. Les guitares s’en donnent pourtant à cœur joie comme le montrent les solos ainsi que les duels de la fin. L’intensité baisse à peine avec le puissant « Blessed by the Night » qui s’inscrit dans la lignée de Scorpions période Lovedrive/Blackout, avec une touche de Judas Priest. C’est brillant, plus chaud que la plupart des groupes de l’époque grâce au chant et finement arrangé. Dans la même lignée heavy, « Halloween » emporte aussi l’adhésion. Supportée par des guitares énormes, cette chanson nous entraîne dans un univers presque néo-classique en raison des duels de guitares, tandis que le refrain, plus brut que d’habitude, achève de la classer dans un metal direct et efficace. « Electric Messengers » apparaît également comme un brûlot abreuvé au super plombé qui déboule à cent à l’heure pour ne plus nous lâcher.
Le groupe n’a pas que cette face à nous présenter, car en 45 minutes, il a de quoi offrir à ses fans de petits bijoux mélodiques. Ainsi, les ambiances orientales du titre « In The End » nous envoûtent avant que le refrain ne nous donne envie de taper du pied et de secouer la tête en cadence. Dans la même veine « Power Games » est construit pour faire chanter le public. Assez binaire, il représente l’archétype du mid-tempo bâti pour soulever un public. Plus nuancé, « Touch Of Fire » joue sur des tonalités contrastées entre des lignes de chant assez complexes et des guitares aériennes. A l’opposé du précédent, c’est un vrai titre pour album qui demande plusieurs écoutes pour l’apprécier. Il en va de même pour « Mind over Muscle », un hard rock typiquement américain qui rappelle des groupes comme Kick Axe ou Helix (et qui sont bien entendu canadiens…) et qui semble construit pour la radio. C’est aussi le cas de « Whiter than White », à la production plus lumineuse que la plupart des morceaux de la première face.
Ce constat est évident à l’écoute de l’enjoué « It's Nice to Be a King » qui semble tout droit sorti d’un film que les Monty Python auraient pu tourner sur le hard rock. Frais, rapide, doté de riffs percutants à la Judas Priest et d’un refrain dansant, ce titre paraît d’ailleurs en single et voit le groupe tourner un clip. A l’opposé, « Secret Dance (Xymania) » est plus sombre, plus torturé, avec de petits airs à la Diamond Head et permet à Jocke de proposer des lignes de chant subtiles et mélancoliques. Cette mélancolie sert de base au blues « Pavement Song » qui clôt l’album et vient apporter une nouvelle corde à l’arc des Suédois.
Mind over Muscle est l’album de la maturité et de la confirmation pour 220 Volt qui, malheureusement doit mettre de côté sa carrière durant un an, en raison du départ à l’armée de quatre de ses musiciens. Mais ce n’est que partie remise.