Un excellent groove de basse vient ouvrir l'album, vite suivit de quelques notes de guitares répétitives, pop, entêtantes (pop quoi). La voix d'Albert Hammond Jr. arrive, posée, adulte, mûre, honnête, il y a de l'envie. Il y va. Grâce à ce premier titre, « Born Slippy », très bon, le fumet du disque réussi titille les narines. Le morceau se termine sur des envolées guitaristiques à la Television. J'évoque tout de même là du Marquee Moon. Mais nous n'en sommes qu'au premier morceau. Ma crainte grandit : est-ce un pétard mouillé ? Heureusement non, et « Power Hungry » vient tout de suite le prouver : encore une ligne de basse irrésistible, fer de lance de la mélodie typiquement pop, mais avec plus de funk. On se rapproche clairement d'un Talking Heads, ou disons ...de quelque chose de très new-yorkais de la fin des 70's.
« Caught My Shadow » est peut-être un peu poussif avec son riff d'intro, mais l'auteur semble déborder d'idées et fuit la monotonie répétitive, en cassant ses morceaux par des ruptures, des sons électroniques, ou, comme sur ce troisième morceau, en tapant le petit solo de guitare sexy et dansant. Il y a de bonnes idées tout le temps, l'homme au nom d'orgue semble vraiment en forme. Et à partir de là, on se dit que la qualité ne peut que durer. Sauf qu'il faut souffler un peu, les trois premiers titres étant assez rapides, solides et chargés en énergie rock'n roll qu'ils imposent d'eux-mêmes une pause : d'où ce « Coming To Getcha », plus calme. La dernière phrase de guitare du morceau renvoie au Strokes (bien sûr) ou, encore une fois, à Television : il s'agit de ces riffs rock, réfléchis, bien pensés et composés, d'inspiration jazzy.
Bon sang, une reprise de Dylan. « Don't think twice » (it's alright), très dépouillée dans sa formule originelle, purement folk, est ici ressuscitée par un jeunot, et devient subitement plus accessible, plus pop, revisitée et simplifiée par des mélodies mémorables et un traitement d'ensemble très cohérent qui rend la chanson incroyablement moderne et vivifiante.
« Razors edge » est clairement d'obédience Strokes-ienne, de ces chansons dansantes d'un rock moderne que l'on peut intégrer facilement sur une playlsite durant une soirée branchée. Idem pour « Side Boob ».
Les chansons ne se ressemblent pas et appellent à une réécoute, ce qui est le lot des albums pop-rock réussis (je n'irai tout de même pas jusqu'à dire chef-d'oeuvre, car ce serait trop élogieux), dotés d'un paquet d'idées lumineuses, ici tout droit sorties du cerveau désintoxiqué d'un rocker en pleine ébullition et doté d'une indéniable créativité. Les titres sont composés avec intelligence, ce qui n'empêche pas l'évidente spontanéité dont doit être gratifié n'importe quel disque rock digne de ce nom. Le titre « Touche » en est le parfait exemple : partant sur un rythme très relevé, et une phrase de guitare immédiatement accrocheuse, il ne surprend pas, peut-être à cause de sa structure très académique voire poussive (une batterie et une basse assez fades et terre-à-terre, le tout mettant en valeur une voix et un chant qui rappellent Brian Molko), mais c'est sans compter sur le génie (j'ose, allez...) d'un Albert Hammond Jr qui au bout d'une minute trente vient rompre son morceau par un délicieux groove grave et sombre, où l'entente télépathique batterie-basse fait merveille. La suite est encore meilleure : un riff rock très nerveux, presque punk, sorti soudainement de nulle part vient confirmer toutes les bonnes choses dites plus haut.
En plus de l'efficacité dont fait preuve son auteur, l'album a quelque chose d’irrésistible, et d'assurément optimiste. L'un des meilleurs disques pop-rock de l'année 2015.
J'espère vous avoir donné envie.