Cassette complète : https://www.youtube.com/watch?v=1WxVcu8czpY


Avant d'entamer l'écoute (exigeante) de cette cassette, il est important de savoir que cet enregistrement a été fait lors de leur tout premier concert, avec une technologie à l'époque à la pointe pour un groupe industriel. Il s'agit d'une tête qui enregistre les sons en 3D, donnant une profondeur spatiale qu'il vaut donc mieux écouter au casque. Le son, caverneux, abrasif, lo-fi et extrême, ne peut, bien sûr, être équivalent à un enregistrement actuel : on y entend un son dominé par le bruit blanc, ainsi que de nombreux larsens involontaires (?) qui peuvent rendre l'écoute éprouvante.


Malgré tout, l'écoute en est captivante pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il s'agit d'une captation retranscrivant la fureur d'un premier concert. De plus, il s'agit d'un des rares enregistrements où apparaissent Beate Bartel (basse) et Gudrun Gut (synthé) qui quitteront la formation peu de temps après pour fonder le groupe Mania D. Mais surtout, il est un témoignage d'une époque chaotique, ce chaos s'exprimant à travers une performance plus proche de l'art contemporain que d'un concert traditionnel.


Les morceaux proposés sont primitifs, agressifs et constitués de cinq longues plages improvisées (dont un coupé après 1'52" pour les besoins de la cassette). On peut ainsi y découvrir les bases de l'esthétique future du groupe constitué d'une basse hypnotique, de cris primaux (Blixa Bargeld) encore plus proches la plupart du temps de cris gutturaux et d'éructations que des cris glaçants qu'il nous offrira par la suite, de débris industriels récupérés sur des chantiers ou dans la rue, ainsi que d'instruments métalliques créés par le percussioniste N.U. Unruh, qui joue également de la batterie, mais de manière non conventionnelle. Les thèmes abordés vont de la décomposition à la violence urbaine, en passant par la cupidité ou encore le nihilisme.


Les paroles dans l'ensemble sont d'une violence sourde et expriment une angoisse claustrophobe. Elles parlent tantôt d'un refus du futur ("Nach Mir Kommt Nichts Mehr", que l'on peut traduire par "Après moi il n'y a plus rien"), tantôt sont constituées d'une énumération de termes liés à la décomposition, à la maladie, à la fin et à la chute ("Gier" qui signifie Avidité) ... Mais dans l'ensemble elles sont minimalistes, réduites à des cris ou des répétitions de mots isolés ("Hören/Gehört Werden" - Ecouter/être écouté) cherchant à transmettre une sensation d'effondrement imminent ("Atomarer Walzer" - Valse atomique) ou ils transmettent, comme c'est le cas pour le morceau final, leur philosophie, de manière radicale, et qui consiste à détruire le passé pour reconstruire l'avenir ("Frisches Blut Für Berlin" - Du sang frais pour Berlin).


Musicalement, on à affaire, pour commencer la cassette, au morceau "Gier". Un morceau répétitif, rituel et hypnotique (hypnotisme en grande partie dû à une basse obsédante). Titre entrecoupé de percussions incisives et de cris intenses avec un final au synthé plutôt frénétique. Ce morceau peut être assimilé ou lié à une version primitive de leur titre "Tanz Debil" (morceau qui paraîtra 18 mois plus tard sur l'album "Kollaps"). Bien que l'on avait bien débuté, le morceau suivant intitulé "Hören/Gehört werden" est plutôt du "bruit pour du bruit" ... le morceau étant plutôt bancal et souffrant d'un manque cruel de structure. On passe donc vite à la suite "Atomarer Walzer", morceau qui sera coupé après 1'52" pour se poursuivre sur la face B, qui, même si c'est une ébauche de valse intéressante, sombre vite dans la monotonie, la boucle rythmique manquant de variations. L'enchaînement avec "Nach Mir Kommt Nichts Mehr" nous mène heureusement un peu plus haut avec le chant/cri intéressant de Blixa Bargeld, bien que trop noyé dans la réverbération et le bruit ambiant du béton pour que l'impact poétique soit total. Sur le dernier morceau "Frisches Blut Für Berlin" terminant la cassette, on sent le potentiel de "destruction" créatrice, mais le morceau reste une esquisse sauvage, parfois trop linéaire, qui privilégie le choc pur sur la composition.


Au final, la cassette se révèle être une archive sonore essentielle de l'acte fondateur d'un groupe qui, même s'il n'a pas encore la sophistication industrielle et manque encore de la dynamique dramatique qui fera plus tard leur force, n'en retranscrit pas moins parfaitement l'angoisse du Berlin-Ouest de 1980 et capture l'essence même du mouvement "Geniale Dilletanten" (sous-culture allemande qui a eu sa période effervescente entre 1979 et 1984 et qui se caractérise par une approche DIY (Do It Yourself) où l'expression prime sur la perfection technique).

PiotrAakoun
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le 9 mai 2026

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