Moontan
7.3
Moontan

Album de Golden Earring (1973)

We've got a thing that's called Radar Love

Quand tu demandes à quelqu'un si il connait Golden Earring, la plupart du temps, on te répondra "Ouais, Radar Love c'est trop cool". Mais à part ce titre, silence statique, peut-être Twilight Zone et When The Lady Smiles, mais c'est à peu près ça, presque personne ne connait ce groupe de hard rock néerlandais, pourtant un ténor de ce genre puisqu'il joue depuis 1961, quand même! Je ne peux en aucun cas me vanter d'en être expert, mais au moins, j'ai écouté minimum une fois plusieurs de leurs albums, dont Moontan, leur neuvième album, sorti en 1973, auréolé de succès, qui va bien au-delà du classique tube Radar Love, avec pleins d'autres morceaux chouettes, et certains faisant preuve de prog rock maîtrisé et véritable.

La couverture du disque est l'une des plus classiques des années 70; femme nue teinte d'un blanc immaculé avec une parure d'un bleu délicieux, bref, une véritable oeuvre d'art qui rappelle un peu les pochettes glamour complètement gênantes de Roxy Music, transmettant tant bien que mal le "concept" un peu kitsch de l'album, c'est-a-dire le moontan, le bronzage lunaire. Evidemment, ça n'a pas manqué de poser problème avec les Amerloques, oh, ceux qui se permettent de donner des leçons de censure à tout bout de champ, qui l'ont remplacée avec une photo noir-et-blanc d'une oreille, complètement dégueulasse. Et puis, qu'ils aillent se faire foutre, ceux-là, si ils ne sont pas capables de rester matures sur une pochette aussi innocente que banale (pour l’époque, hein!).

Moontan commence par un morceau simple, direct mais efficace, contenant sa petite dose de "progressisme", Candy's Going Bad, caractérisée par son riff très wah-wah, limite psychédélique ainsi que ses longs et hypnotiques breaks, ou le batteur Caesar Zuiderwijk, un autre héros inconnu des années 70, démontre ses remarquables talents. D'ailleurs, ce dernier était connu pour ses sauts remarquables au-dessus de sa batterie a la fin de chaque performance, ce qui valait au groupe le surnom des "Hollandais Volants". Bref, il ne s'agit pas du morceau le plus excitant du disque, mais reste très sympathique de par son bon refrain entonnée par la superbe voix de Barry Hay, et l'excellent travail du batteur et du guitariste George Kooymans. C'est ensuite qu'arrive ce qui est pour moi le chef-d'oeuvre de l'album, Are You Receiving Me, créatif et original dans toutes les valeurs du terme, tout en restant dans un cercle rock. L'intro consiste en une boucle un peu wah-wah, très space et psychédélique, sur laquelle vient s'inscrire une section rythmique extrêmement intéressante, lente mais haletante. Ensuite arrive Barry Hay, chantant un texte plutôt étrange qui semble totalement dénué de sens, en dessous duquel George Kooymans nous lâche des petits riffs de guitare super lourds et creux, constituant un build-up tout à fait captivant. Puis, c'est la surprise. Oh, ce refrain, comme je l'adore, comme il est génial! Ce saxophone déchirant, avec les falsetti de Kooymans, entonnant Are You Receiving Me? sont un régal de génie! Étonnant, original et mélangeant de façon concluante jazz et rock (sans pour autant tomber dans du jazz fusion!), ce moment est une vitrine des atouts prog dont le groupe fait un usage savant, surtout sur cette chanson, qui apparaissent ci et là dans à peu près tous leurs albums des années 70. Revenant à Are You Receiving Me, le groupe se tait pour ensuite recommencer un long et passionnant crescendo de six minutes, où la ligne de basse simple mais captivante de Rinus Gerritsen occupe une place de premier plan, suivie par la batterie de Zuiderwijk et la guitare de Kooymans, synchronisée avec des breaks de saxophone très jazzy (celui-ci joué par Barry Hay lui-même si je ne me trompe pas). Encore une fois, un vrai régal, très appréciable surtout pour les 'proggers'. Le morceau se conclut en beauté sur le refrain prolongé, toujours aussi délicieux! La première déception, quoique légère, arrive ensuite avec le mineur Suzy Lunacy (Mental Rock), qui contient une mélodie a la guitare acoustique très moyenne, sans être bonne ni mauvaise, un peu répétitive, ce qui résulte en une chanson peu captivante. Voilà, du rock 'n' roll un peu substandard qui ne casse pas des briques. A présent, amateurs de classic rock, ouvrez grand vos oreilles, votre heure de gloire est arrivée; voici Radar Love! Sans pour autant atteindre les niveaux de Are You Receiving Me, je dois avouer que ce grand classique reste quand même un excellent morceau, essentiellement basé sur l'haletante ligne de basse de Gerritsen, les licks jouissifs de Kooymans et le refrain énergique et mélodieux, sans compter les discrètes parties orchestrales (ça c'est prog!) qui accompagnent les musiciens, l'intro magistrale et le très bon solo de batterie de Zuiderwijk. En somme, il faut reconnaître que Radar Love est un tube méritant, pas comme tant d'autres de cette époque, qui n’étaient absolument pas représentatifs du contenu de l'album dont il provenaient (citons par exemple le médiocre Dust in the Wind de Kansas). Nous en voilà à la cinquième piste, Just LikeVince Taylor, autre morceau un peu rock 'n' roll moyen, tout de même plus réussi que Suzy Lunacy, qui manque de fermeté et en résulte moins mémorable que le reste. La plage conclusive est une autre "mini-epic" de la même envergure que Are You Receiving Me: l'excellente et tout aussi originale Vanilla Queen. L'intro est très très intrigante, figurant cette boucle un peu space rock, légèrement électronique, qui mène l'auditeur aux parties vocales opératiques et majestueuses de Barry Hay et ses invocations a la reine de la vanille nocturne, sans doute une référence à Marilyn Monroe. Ensuite, Kooymans nous délivre un super solo de guitare, qui me rappelle un peu ceux de Jimmy Page, avant de passer dans une section orchestrale conclusive, sur laquelle domine nonobstant une ligne de basse très accrocheuse de la part de Gerritsen, qui, un peu comme Colin Bass, fait parfaitement l'affaire avec une simplicité musicale déconcertante. Et ainsi se termine Moontan.

1) Candy's Going Bad (9/10)

2) Are You Receiving Me (10/10)

3) Suzy Lunacy (Mental Rock) (6,5/10)

4) Radar Love (9,5/10)

5) Vince Taylor (7/10)

6) Vanilla Queen (10/10)

(Le morceau en gras indique ma chanson préférée de l'album)

Au final, Moontan est un disque solide, qui a plutôt bien vieilli, malgré deux morceaux courts assez peu inspirées, mais jouissant de la présence de deux chefs-d'oeuvre, Are You Receiving Me et Vanilla Queen, ainsi que d'un tube planétaire efficace, Radar Love. A ce stade, je lui attribuerai une note générale de 8,5/10.

Herp
8
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le 15 févr. 2025

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