Movement
7.5
Movement

Album de New Order (1981)

1980-1981 : Les fondations d'une légende...

"Movement", Mouvement. Par antagonisme avec l'immobilisme de "Still" (dernier "album" de Joy Division), déjà.
New Order signe ici son premier chef d’œuvre, sans vraiment le vouloir. Ils vont réitérer l'exercice du chef d’œuvre avec l'album suivant, et lors de la révélation ecstasy à la fin des 80's...
Mais revenons à l'année 1980, si vous le voulez bien.


Le 18 mai 1980, plus précisément.
Alors que Joy Division doit s'embarquer pour une tournée américaine, leur chanteur Ian Curtis est retrouvé pendu dans la cuisine de sa maison de Macclesfield. Ce matin du 18 mai, Joy Division n'est plus. Les autres membres du groupes, à savoir Bernard Albrecht/Sumner, Stephen Morris et Peter Hook sont désemparés. Que faire sans leur chanteur ? Ces trois lads de la banlieue de Manchester (Salford) décident de continuer dans la musique, sous la forme d'un trio. Une semaine après l'inhumation de Curtis, le groupe se retrouve pour une première répétition. Niveau musical, c'est la dèche : il reste deux morceaux de Joy Division jamais enregistré sauf en live ("Ceremony" et "In A Lonely Place") et quelques embryons de futurs morceaux, comme "Dreams Never Ends" ou "Hommage" (chanson abandonnée très peu de temps après). Pour le moment, le groupe est sans nom et répète les premiers morceaux. Une première version de "Ceremony" est enregistrée l'été 1980 dans le studio avec Martin Hannett, producteur attitré de quasiment tous les groupes de chez Factory. Le premier concert de New Order a lieu le 30 juillet à Manchester. Pendant le reste de l'année 1980, le groupe effectue quelques concert et une courte tournée aux Etats-Unis, tournée pendant laquelle il s'échangent les instruments et le rôle de chanteur (car ils ne sont que trois, souvenez vous). C'est également pendant cette tournée américaine que le groupe se fait voler tout son matos (a savoir le matos qui a servi pendant Joy Division). Au mois d'octobre 80, le groupe est de retour en Angleterre et ajoute Gillian Gilbert, petite amie de Morris et ex-guitariste du groupe entièrement féminin The Inadequates, aux claviers et à la guitare. Le groupe continue les concerts et publie son premier maxi-single en mars. Il s'agit de "Ceremony" (avec "In a Lonely Place" en face B, dernières chansons écrites par Ian Curtis). Ce single sera ré-enregistré et réédité peu après dans une nouvelle version incluant Gilbert a la guitare. Le maxi "Procession/Everything's Gone Green" suit en septembre et c'est finalement en novembre que sort le premier album de New Order.


L'enregistrement, d'abord, n'est pas de tout repos. Le producteur, Martin Hannett, est détruit psychologiquement par le suicide de Curtis. Il devient dépressif et s'enfonce dans la drogue ; pour produire le groupe, il demande même une certaine dose de cocaïne... Les prises vocales sont longues pour le chanteur Bernard Sumner, choisi par le groupe car étant le plus à même de pouvoir le faire sur scène, même si Hook n'a jamais été d'accord avec ce dernier fait. Il doit en tout cas recommencer de nombreuses fois, Hannett étant souvent furieux à la moindre erreur commise par Sumner. Ce sera le prix à payer pour un album encore plus atmosphérique que la seconde face de "Closer"...


"Movement" s'ouvre sur "Dreams Never Ends", morceau très Joy-Divisionesque, avec la basse de Hooky en avant. Le morceau et la chanson étant principalement écrit et composé par lui, c'est lui qui tient le chant pour cette ouverture. "Truth" est en fait basé sur un jam que le groupe faisait en jouant "In a Lonely Place" avec une boite à rythmes Boss DR55. Le morceau est très sombre et atmosphérique, il perpétue également les explorations synthétiques que la Division avait commencée sur l'album précédent. La face A continue avec "Senses", puis "Chosen Time". Les deux morceaux sont caractérisés par un jeu de batterie ahurissant (allez voir les quelques versions lives, Stephen Morris y est incroyable) ainsi que des synthétiseurs "séquencés" (en fait, Gillian jouait toutes les séquences à la main, sans séquenceur car ce type de matériel était encore trop cher pour le groupe a cette période). La face B s'ouvre sur "ICB" (qui ne veut rien dire de spécial, désolé, cher fans conspirationnistes), plus rock et mettant toujours en avant la batterie. "The Him" est lancinant, triste et profond, tandis que "Doubts Even Here" est adulé d'une grâce tellement divine qu'il faut plusieurs écoutes avant de se rendre compte que c'est Peter Hook qui chante (et Gillian qui assure le spoken word froid à l'arrière plan). L'album se termine en explosion de lumière sur "Denial". Le rythme est tellement soutenu qu'on croit que Morris va exploser. Les synthés et la basse portent le morceau (et l'album) vers un paradis qu'on croyait perdu. Le morceau contient également les paroles de New Order qui me parlent le plus : "it comes and it goes, and it frightens me"...


L'album sorti, le groupe tourne un peu partout et retourne aux États-Unis. Leur concert New-Yorkais sera filmé et ils découvriront sur place les clubs et la dance music qui va les fasciner, à tel point qu'ils tenteront d'importer avec succès cette culture peu après non seulement dans leur propre musique, mais également à Manchester, en ouvrant l'Haçienda.


"Movement", c'est la pierre angulaire de New Order. Un premier album de transition, en quelque sorte. Le groupe s'orientera par la suite dans la direction qu'on lui connait. En attendant, ce premier album reste un monument de la cold-wave made in England.

Créée

le 28 mars 2016

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Blank_Frank

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