John Zorn – Multiplicities II – (2023)
Je vous parlais de Deleuze il n’y a pas très longtemps, nous y voici avec « Multiplicities II » qui succède à « Multiplicities » interprété par la formation « Chaos Magic », c’est là qu’il faut s’accrocher un petit peu, pour celui qui veut suivre, car ce second volet est, lui, interprété par la formation « Incerto » que nous avons plusieurs fois rencontrée.
Pour mémoire c’est un quatuor formé par Brian Marsella au piano, Julian Lage à la guitare, Jorge Roeder à la contrebasse et Chess Smith à la batterie. Que des musiciens déjà souvent rencontrés dans la récente galaxie zornienne, des habitués virtuoses qui gravitent autour du démiurge et participent à nombre de ses projets.
Revenons à Deleuze dont vingt aphorismes, de courts énoncés sous forme de résumés, constituent la trame de ces pièces, dix étaient gravés sur le premier volume et dix autres sont fixés ici également. Ceux qui désirent suivre cette affaire se référeront aux titres.
Zorn se partage entre la composition, la production et la direction musicale, à son habitude. Pour le reste les interprètes sont tous excellentissimes et l’interprétation qu’ils offrent est d’évidence exceptionnelle, comme à chaque fois, il y a ici une beauté formelle hors pair qui réjouit l’esprit analytique et mathématique. Peut-être ne ressentirons-nous pas un véritable chavirement émotionnel, mais probablement davantage une jouissance esthétique.
Les pièces sont souvent courtes, et même carrément brève pour « Oxymora » qui dure une minute et quatre secondes. La plus longue est la dernière pièce, « Object of The Mind » dotée de sept minutes et vingt-cinq secondes. Chacune d’entre-elles pourrait appartenir au registre de la musique de chambre, s’il n’y avait la guitare de Julian Lage qui semble légèrement électrifiée.
Les deux versions de Multiplicities confiées l’une à « Chaos Magic » et l’autre à « Incerto », poussent forcément à la comparaison, d’un côté une couleur légèrement électro et de l’autre une facture plus classique, mais choisir reste difficile tant la patte de Zorn est la même dans les deux façonnages. Pourtant la première version est sans doute plus affable et peut-être plus immédiate par ses couleurs plus actuelles, mais c’est affaire de goût personnel.