"I Hope I Die Before I Get Old"
Comme dirait un philosophe, "vieux motard que jamais" car j'explore enfin la discographie des Who, un des pans incontournables, une étape obligée sur la route du Rock...
1965, la très fertile matrice du rock anglais accouche d'une nouvelle portée baptisée "The Who". Dès leur apparition, ses quatre derniers rejetons s'avèrent très fougueux et ne font aucun complexe dans leur nichée au milieu de leurs jeunes frères ainés Beatles et Stones qui accaparent admiration et adoration.
Les Who se démarquent de leurs frangins, ils le revendiquent en créant et assumant un son novateur qui coule les fondations de courants à venir comme le hard-rock ou le punk. Ils ne sont pas bien mignons ces petits Who mais ils s'en foutent depuis que la musique leur a infligé une fêlure au ciboulot à chacun...
Pete Townsend le gratteur frénétique, adopte des postures révolutionnaires et outrageantes en jouant les jambes écartées, guitare calée entre son bas-ventre et ses cuisses. Il maltraite ses cordes par des gestes brusques, limite violents qui leur arrachent un son sec et nerveux. Townsend se démarque du jeu appliqué de John et George ou du blues langoureux qui nourrit Keith. Dès l'entame de leur premier méfait par "Out in the Street", sorte de blues à la Bo Diddley sous amphé, Townsend en précurseur noisy, expérimente en exploitant larsens et autres nuisances grésillantes causés par le tripotage de son jack, de ses micros ou de son switch.
John Entwistle s'incruste dans l'Histoire avec "My Generation", titre emblématique et fécondateur du mouvement punk. La trame mythique du morceau est composée par le riff d'une basse lourde et chaude qui se permet même de claquer son solo !
En batteur déjanté, Keith Moon inaugure un jeu très énergique, puissant et incéssant de breaks, à faire rougir de honte ou de jalousie Charlie et Ringo . Keith Moon influencera et entrainera dans sa folie des générations entières de batteurs à commencer par John Bonham proche de l'éclosion.
Au milieu de cette bande de cinglés, le lutin Roger Daltrey parait un peu timoré et éparpillé, il a encore besoin d'apprivoiser sa voix. Cependant son idée de b-b-b-bé-bégaiement sur "My Generation" est géniale et rétrospectivement son timbre évoque celui de Liam Gallagher ("La-La-La-Lies" & "It's Not True"). .
"My Generation" évite les chansons d'amuuuuur au profit de thématiques sur l'ennui, la solitude, la révolte et l'insolence. Cette galette de 12 titres dont 9 exclusivement signés Pete Townsend inclut deux reprises de James Brown, autre fou génial ("I Don't Mind" malaxe choeurs roucoulants, breaks furieux et soli secs tandis que "Please, Please, Please" trop respectueux est le titre le plus sage de l'album).
"The Kids Are Alright" piétine le territoire mélodique des Beatles. "The Good's Gone" sent Iggy Pop sous les aisselles de Daltrey. La relecture du blues crapuleux et suant de Bo Diddley "I'm A Man" coule progressivement vers un final chaotique. A l'instar de "My Generation", "A Legal Matter" émet des effluves punk par son riff simpliste et son rythme. "The Ox" est joué sur une mer déchainée par des membres piétinant la surf music. Cette conclusion du skeud atteint le paroxysme de la folie créatrice du quatuor : Townsend torture sa guitare comme le Voodoo Child et Keith Moon se mue en un frappeur tribal et survolté.
"My Generation" est le premier glaviot balancé sur le chemin encore policé du Rock n' Roll. Gueulards, suants et dérangeants, The Who investit les lieux en force et avec fracas.
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