Jeanne Lee – Natural Affinities – (1992)
En regardant bien la discographie de Jeanne Lee, riche en chefs d’œuvre, on s’aperçoit qu’elle n’a guère été seule leader d’un album, sans doute « Conspiracy » de soixante-quinze, et celui-ci de quatre-vingt-douze, je n’en vois pas d’autre…
C’est peut-être bête, mais cette observation produit sur moi un certain effet et donne une valeur supplémentaire à cet album. Mais de toute façon dès la première pièce nous sommes confrontés à un truc hors-norme, un hommage à Charles Mingus vraiment remarquable, qui s’appelle tout simplement « Mingus Meditations ».
La compo est signée de Jeanne Lee qui chante et de Dave Holland qui l’accompagne à la contrebasse, mais il y a un troisième signataire, Charles Mingus lui-même puisque les paroles sont extraites de son ouvrage « Beneath the Underdog ». Jeanne Lee nous offre un « parlé /chanté » plutôt merveilleux, ainsi la pièce de douze minutes s’écoule en nous projetant dans un autre monde, « pépite » diront les amateurs.
Après être passé par un standard, « I Thought About You », un nouveau grand moment avec une pièce qu’elle cosigne avec son compagnon Gunter Hampel, lui pour la musique et elle pour les paroles, « Journey To Edaneres », un nouveau voyage de douze minutes qui nous embarque à nouveau vers un trip bien sympa.
Gunter joue du vibraphone et de la flûte, Amina Claudine Myers du piano, Lisle Atkinson tient la basse et Newman Baker la batterie. La musique est tout simplement envoûtante, avec un piano hypnotique qui nous piège comme il faut, tandis que le vibraphone nous emmène loin…
Un petit mot pour saluer le trompettiste Wadada Leo Smith qui accompagne Jeanne sur les trois pistes suivantes, celles-ci s’inscrivent également dans la logique de l’album, continuant le tissage adroit et habile de cette œuvre un poil étrange, mais toujours fascinante, et certainement pas banale…
L’adjonction d’un livret, avec les paroles, est très apprécié et permet aux faibles de ne pas être trop vite largué. Un album à écouter.