Jemeel Moondoc & William Parker – New World Pygmies – (1999)
Le saxophoniste alto Jemeel Moondoc et le contrebassiste William Parker ne sont pas des inconnus l’un pour l’autre, lorsqu’ils participent en duo au festival « Fire In the Valley » en quatre-vingt-dix-huit, à l’Université d'Amherst, dans le Massachusetts.
En effet ils se côtoient depuis la fin des années soixante-dix et possèdent une assez longue pratique commune. On trouve une trace de leur rencontre dès l’album « Through Acceptance Of The Mystery Peace » enregistré sous le nom de Parker en quatre-vingts.
Sur cet album Jemeel Moondoc trouve en William Parker un partenaire idéal qui ne cherche pas à briller pour lui-même, mais accepte de le soutenir tout du long, du coup la partie de basse est somptueuse. Il faut dire que le rendu du son est exceptionnel, les deux sont enregistrés avec une clarté et une définition de haut niveau, malgré qu’il s’agisse d’une captation en live.
La première pièce « New World Pygmies », signée conjointement par les deux partenaires, se développe sur dix-sept minutes, et pose les termes d’une association fructueuse. Le jeu de Moondoc évoque les grands saxophonistes alto qui ont fait le jazz, particulièrement Ornette Coleman qu’il a dû étudier et dont on reconnaît parfois une tournure, on pourrait évoquer également l’art brut de Jimmy Lyons ou le son acéré de Jackie McLean.
Autant de références qu’il maîtrise et dont il a su tirer le meilleur pour créer un son unique et personnel, bien au-delà de la technique, il se concentre sur l’essentiel, ne craignant pas le minimalisme ou l’économie, ne conservant parfois dans son discours que le suc, souvent suffisant pour créer un discours passionnant, direct, mais jamais évident.
C’est ce qui fait la beauté de cet album où s’étale son jeu riche d’une très grande pureté, sans esbroufe, difficile à anticiper, comme si son chemin n’appartenait qu’à lui et qu’il en était l’unique défricheur. Chaque pièce ici en est une illustration, comme « Not Quite Ready For Prime Time » dont il est compositeur.
Mais c’est William Parker qui est le compositeur le plus prolixe, trois pièces sont signées de sa plume, dont le déchirant « Another Angel Goes Home », qu’il a écrit en hommage au batteur disparu Denis Charles, avec lequel il a beaucoup joué.
La dernière pièce « Encore » est également une impro signée à deux, tout comme le titre d’ouverture, la durée de l’album tourne autour des soixante-huit minutes et ne baisse jamais en intensité, il y a quelque chose de l’idée de « pureté » qui se joue ici : un album précieux.