Le deuxième coup de maître du groupe anglais après son premier album génialissime. Les trois suivants, bien que toujours bons, peinaient un peu à proposer un post-punk aussi frais et excitant... La musique de Killing Joke s'était en effet bien vite assombrie et alourdie. Il manquait en fait une légère réorganisation musicale pour pleinement tirer parti de ce changement d'identité. C'est donc chose faite avec ce quatrième album que d'aucuns, complètement ignorants, considère comme l'album "pop" du groupe... Il faut vraiment avoir les oreilles à la place des genoux pour trouver que Night Time est un album de pop, on reste tout à fait dans du post-punk, certes plus classique et plus commercialement viable que ce avec quoi le groupe avait commencé, mais du post-punk pur et dur qui ne peut que ravir les amateurs du genre.
Le premier changement notable, c'est que le groupe délaisse sa rage punk et ses lubies occultes et apocalyptiques pour faire dans la mélancolie. Avec le titre éponyme plutôt entraînant qui fait une très bonne ouverture, on pénètre en effet dans un univers nocturne et urbain dont la mélancolie explose avec un "Darkness Before Dawn" aux excellents gimmicks de batterie (qui a découvert les cymbales). Mais le moment fort de l'album, c'est évidemment "Love Like Blood", immense tube gothique... Un morceau à la section rythmique basse/batterie dévastateur, tout d'abord, et magnifié par un Jaz Coleman habité au chant et au synthé. Si l'on considère l'ensemble de la carrière du groupe, surtout à la lumière de leur reconversion tardive en 1990 au rock/metal industriel, "Love Like Blood" parait un peu éloignée de l'identité sonore du groupe, mais c'est pourtant LE titre de Killing Joke.
Je dois avouer que l'autre single "Kings and Queens", bien que bon, est le morceau qui me captive le moins dans l'album, en revanche les trois suivants renoue avec cette superbe mélancolie, avant le final "Eighties" pour le coup plus proche des précédents albums du groupe avec un côté assez incisif. L'autre tube du groupe, même s'il faut avouer qu'il a moins bien vieilli. Je dois reconnaître qu'en décortiquant un peu trop l'album, Night Time ne m'apparait pas comme si génial, avec surtout un titre génialissime, un autre excellent (le premier), ou à la rigueur deux (le deuxième), le reste oscillant entre le correct et le très bon. Mais pris dans l'ensemble, Night Time reste un classique du post-punk et un album terriblement accrocheur.