Ah, les années 2000, notre petit ami australien a déjà suivi son bonhomme de chemin. L'époque où il faisait du bon vieux indus dégueulasse dans un garage moisi en gueulant comme un dératé est bien lointaine. Même les années 90 tiens, quand il avait l'image d'un grand décadent romantique torturé perverti malchanceux frustré et tant qu'on y est, un peu psychotique sur les bords, même cette époque est révolue !

Ah ! The Boatman's Call est passé par là, Nick Cave est devenu un vieux crooner. C'est sans issu. Il commence à faire des chansons d'amours sans second sens névrosé caché. Juste un petit "Into my arms, hold on". Même pas de beaux détours métaphoriques érotiques à la 'Come sail your ships around me". Juste : "Into my arms". C'est joli, c'est épuré, un petit piano qui joue tranquillement avec sa petite basse derrière, sans envolée lyrique, et tout le monde est content. Serait-il devenu normal ?

Évidemment, la réponse est non et cet album est est la preuve. D'ailleurs, présentons-le peu, cet album.

Première chose : il est triste. Je veux dire : vraiment triste. Non, vous n'avez pas encore très bien compris : Tout, tout, absolument TOUT ce qui a de près ou de loin rapport avec cet album EST TRISTE, la pochette est triste, Nick Cave va se suicider, la guitare et le piano sont d'une déprime folle et puis chacune des chansons déploient individuellement une tristesse qui pourrait égaler 36 Ian Curtis dans ses mauvais jours. Et par dessus-le tout, il y met même un violon !


Oh, et qu'il est magnifique ce violon...


Et pourtant, c'est paradoxalement dans cette tristesse et dépression ambiante que Nick Cave renoue avec son ancienne folie et son ancestrale fureur ! "Oh My Lord" tient du grand délire qui pourrait presque rappeler de façon lointaine The Mercy Seat... Et bien que les paroles restent plutôt obscures, la montée en puissance portée par ce divin violon électrique est jouissive. Parlons aussi de la deuxième partie de Sorrowful Wife ! Et de Fifteen Feet Of Pure White Snow ! Les Bad Seeds ne sont pas morts, pour sûr.


Il s'agit de l'album le plus équilibré du groupe, tant au niveau "Je te fais une ballade tellement belle avec ma voix de velours que tu va pleurer" et "Putain je vais te faire un climax tellement génial que tu vas en perdre ta santé mentale" qu'au niveau de l'écriture qui est à nouveau du grand Nick Cave. C'est-à-dire tellement intelligente, bien ficelée et cohérente avec la musique que ça me donne toujours envie de faire une interprétation écrite sérieuse et pompeuse de dix pages. Mais je m'abstiendrais, même si cela m'empêchera d'exprimer tout mon amour pour "As I Sat Sadly By Her Side". Et puis, grâce au violon ou je-ne-sais-quelle nouvelle grâce, les ballades explose en qualité et en mémorabilité les trois quarts de Boatman's Call. Le seul bémol pour moi est une "Love Letter" plutôt fade. Mais il s'agit de la seule exception de l'album.


L'autre chose à déplorer aussi, c'est l'absence générale d'humour, quand bien même s'il fallait s'y attendre, hein. Pourtant Nick Cave, c'est aussi le gars qui fait une chanson de 15 minutes sur un gars marrant qui tue un par un les clients d'un bar, et qui fait des blues à propos du boson de Higgs. Ici cependant, non, on ne trouvera rien de cela. Ce qui ne l'empêche pas, avec Henry's Dream et Let Love In, d'être un des meilleurs albums du groupe. Si ce n'est le meilleur.
Erw
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le 17 mars 2013

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