Charlie Haden, Liberation Music Orchestra – Not In Our Name – (2005)
Voici le quatrième album du « Liberation Music Orchestra », son nom provient du rejet par les pays européens de la seconde guerre du Golfe, en deux mille trois. Charlie Haden a remarqué ces affiches lors d’une tournée en Europe et a donc choisi ce slogan comme titre d’album. Son contenu sera donc également celui d’un engagement politique, bien qu’il ne se réfère pas directement, comme les précédents, aux chants révolutionnaires.
Carla Bley s’est donc attachée à créer des arrangements pour un certain nombre de titres en provenance de musiciens américains, ainsi se retrouvent des compos de Pat Metheny, Ornette Coleman, Bill Frisell et bien entendu Charlie Haden pour le titre d’ouverture « Not In Our Name » et Carla Bley elle-même, pour « Blue Anthem ».
Mais il faut ajouter quelques traditionnels « Amazing Grace » ou « America the Beautiful », ou encore « Lift Every Voice and Sing », il y a même une reprise du « Goin’ Home » en provenance de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak, et même l’adagio de Samuel Barber… Quelques titres sont rassemblés dans un Medley, Carla n’a pas chômé, c’est certain, elle assure à elle seule la structure de l’album et son bon ordonnancement.
Côté musiciens c’est également un tournant, l’orchestre était autre fois une sorte d’« All Stars » réunissant des musiciens de grande notoriété, cette fois-ci, mis à part Joe Daley au tuba, les noms sont bien moins célèbres. Pour autant la qualité ne faiblit en rien, car l’interprétation reste de très haut niveau, chacun des musiciens réunis ici est remarquable, c’est lié au très haut niveau du réservoir des musiciens américains.
Alors on remarque le « This Is America » de Matheny et Bowie dont l’interprétation est plutôt bien réussie, juste après le morceau titre, ça ne faiblit pas avec le titre de Carla qui est suivi du medley près de seize minutes qui est également un moment fort et qui se termine par une évocation de « Skies Of America » d’Ornette Coleman. « Throughout » de Bill Frisell est également un moment clef de l’album, avec de chouettes harmonies.
En fait il n’y a pas de faiblesse pour qui reste sensible aux orchestrations, on remarque au fil de l’écoute quelques solistes, le trompettiste Michael Rodriguez, Miguel Zenon au sax alto, Curtis Fowlkes au trombone et le guitariste Steve Gardenas.
En comparaison avec les autres albums de la formation il ne fait pas pâle figure, ce serait injuste de dire cela, me semble-t-il, mais le rappel aux airs révolutionnaires d’autrefois me manque un peu, comme l’ingrédient oublié qui laisse un léger regret…