John Zorn – Nothing Is As Real As Nothing – (2023)
Paru en décembre dernier, ce Cd est assez curieux, entre bizarre et seul de sa catégorie chez Tzadik, bien qu’appartenant à la célèbre « Archival Series ». C’est, pour tout dire, ce manque de pochette. Elle a été oubliée, snobée, remplacée par un étui de plastique, le label est pourtant réputé pour la qualité de ses pochettes, jusque dans les détails, souvent inattendus. Il y a pourtant l’immanquable obi, avec sa petite présentation et quelques renseignements, le minimum : le nom des musiciens et des titres.
Par contraste, côté musique ça régale, comme s’il y avait eu urgence à le faire paraître, alors que, dans le même laps de temps, au moins quatre autres albums sortent ! Est-ce un manque de moyens financiers* ? Ou bien une impossibilité logistique pour tenir ce calendrier ? L’album paraît un peu « cheap » sans ses atours, mais « qu’importe le vin pourvu qu’on ait l’ivresse ! »
Déjà côté musicos c’est plutôt la « Grosse Bertha » qui est en place, si je puis me permettre cette comparaison guerrière, parce que, forcément ici, on se bat plutôt à fleurets mouchetés. Regardez plutôt : Bill Frisell, Julian Lage et Gyan Ryley aux guitares, de quoi converser galamment en chemise à dentelle.
C’est un énième rendez-vous après les lumineux « Teresa d’Avila », « Nove Cantici per Francesco d’Assisi », « Virtue », « Parables » et « A Garden of Forking Paths », voici le sixième de la série, construit autour de la personnalité de Samuel Beckett, qualifié, sur le petit obi accompagnant, comme étant un des plus grands écrivains-visionnaires du vingtième siècle.
Chacun des albums précédents est une petite perle, alors, je vous rassure, celui-ci ne se démarque pas, ou alors pour le meilleur. On retrouve l’exquise délicatesse de ce trilogue ou chacun écoute l’autre avec la déférence nécessaire, tous conscients de la nécessaire humilité qu’exige cet exercice, « Rien n’est aussi réel que rien » annonce le titre, mais ce « rien » est ici est tout de grâce et de beauté, de mutuelle considération…
Pour ceux qui apprécient la musique calme ou folk, instrumentale et, bien évidemment, les guitares. Toutes les pièces sont belles et méritent l’attention, « Stirrings, Still » qui ouvre l’album avec une grande respiration, « Eleuthéria » la mystérieuse, toute en fragilité, ou « The Dream Paradox » dissonante et méditative ou bien encore « The Unameable » comme une douce ballade innocente et curieuse, qui batifole et se promène, et « Endgame » qui signe la sortie, d’abord calme et sereine avant de s’échapper vers le point de fuite…
(*A l'heure de mettre sous presse on nous informe que les dernières nouvelles du front font pencher la balance côté problèmes financiers. Le label Tzadik, ayant été mis à mal par la faillite d'un de ses distributeurs US.)