Joel Ross – Nublues – (2024)
Joel Ross fait partie des jeunes musiciens dont je vous parle assez souvent, car il intervient sur pas mal d’albums, souvent Blue Note, en tant qu’invité, mais je vous ai présenté également deux albums de sa discographie, « Who Are You? » en deux mille vingt, et « The Parable Of The Poet » paru en deux mille vingt-deux, des opus très réussis par le talentueux vibraphoniste.
Voici donc son quatrième album, paru récemment, qui patientait dans la pile. Ce dernier a été pensé sous le signe du blues, non pas comme un retour authentique au blues du terroir, mais plutôt comme une influence majeure de la musique noire, une origine incontournable.
Ce recentrage est véritablement essentiel, probablement pour une simplification dans la complexité de sa musique, bien qu’il faille reconnaître que son précédent album, cité un peu plus haut, soit une pure merveille. Le blues et son souffle est à la fois inspirant pour le musicien, mais aussi pour celui qui écoute…
Joel est accompagné à son habitude par la formation « Good Vibes », avec le saxophoniste alto Immanuel Wilkins, le pianiste Jeremy Corren, le bassiste Kanoa Mendenhall et le batteur Jeremy Dutton, une invitée également, Gabrielle Garo, flûtiste et compagne du leader, présente sur trois titres.
Après « Early » une entrée en matière très prometteuse, voici « Equinox », une reprise de John Coltrane, la formation jouera une seconde pièce signée du maître à la fin de l’album « « Central Park West ». Lors de l’écoute, la transition entre « Early » et « Equinox » est imperceptible car les deux pièces se fondent sans véritable interruption. On y reconnaît bien le tempérament coltranien et les citations, mais le ton reste malgré tout léger et annonce la couleur de cet album, plutôt relax et serein.
La pièce suivante « Mellowdee » est un marqueur de cet album, avec cette touche coltranienne encore présente et un Immanuel Wilkins royal et l’esprit du blues qui souffle, bien que celui-ci ne soit qu’une couleur identifiée de cet album qui se révèle, de temps à autres, assez tortueux, bien que toujours très accessible.
Il faut évoquer « Chant » également, un duo piano/flûte, plein de grâce et de lyrisme avec Joel au clavier et Gabrielle à la flûte, le re-recording est habilement utilisé. Toujours dans le style curiosité il y a ce titre-hommage « Bach (God the Father of Eternity) », une plongée dans l’histoire de la musique… « Nublues » ressemble foutrement à une impro collective, ce qui sème un peu la pagaille dans ces jardins à la française très ordonnés, après une assez longue intro au vibraphone.
Et puis viennent « Ya Know ? » où brille immanuel, puis « Evidence » de Monk qui laisse souffler une sorte de tempête tourbillonnante vers la fin du titre, un sommet ici, avant la dernière pièce, ballade toute en tendresse signée Coltrane…
Un album élégant et distingué.