Zoh Amba – O, Sun (2022)
Voici une nouveauté Tzadik très étonnante, elle n’a été possible que grâce à John Zorn qui a pris sous son aile cette toute jeune saxophoniste, Zoh Amba, née en deux mille, pour lui faire enregistrer un premier album, et ce, dans la série « Spectrum », pourtant habituellement réservée aux artistes confirmés. Il s’engage même davantage en jouant du sax alto sur une pièce de l’album, Zorn ne fait pas les choses à moitié, quand il s’engage, il assume ses choix jusqu’au bout, voyons cela…
L’album se partage en deux parties, trois pièces sont composées par la saxophoniste ténor Zoh Amba, et trois autres sont entièrement improvisées, la septième, nommée « Satya » n’est pas créditée ni signée, mais elle semble être au crédit de Zoh Amba, car elle figure également sur son second album, enregistré en compagnie du bassiste William Parker. Pour tout dire, un troisième est également dans l’air, tout se passe très vite pour Zoh, la petite fée de la forêt.
Il se raconte que Zoh Amba, lorsqu’elle était toute jeunette, aimait aller jouer dans les bois, autour de sa maison, dans les Appalaches, là elle s’entraînait, créait et jouait, fille du vent et de l’air, dans cette belle nature. Plus tard elle alla étudier en ville, à New-York, Boston et San Francisco, c’est là qu’elle fit les rencontres décisives.
Les pièces écrites sont structurées, avec des thèmes, quand elle les joue son jeu au ténor me semble subir l’influence d’Alabaster de Plume, mais, si ça peut paraître étrange, on y entend cette même fragilité, au bord de la fêlure et de l’intime. On pourrait également penser que les deux ne se sont jamais écoutés et qu’ils partagent, sans le savoir, cette sensibilité commune.
Les pièces qu’elle a elle-même écrites sont tendres et un peu naïves, pleine de candeur et de sincérité, très belles, comme « Hymn To The Divine Mother » qui ouvre l’album, elles tranchent avec « Holy Din » par exemple, où John Zorn intervient pour apporter le feu dans le discours, né de la nécessité de l’improvisation, de l’urgence libertaire : jouer en prenant des risques.
A ses côtés se trouvent une autre jeune pousse brillante et précoce issu du terreau New-Yorkais, en la présence du pianiste Micah Thomas, sensible et lyrique, qualités que partage cette jeunesse. Mais il faut bien aussi des cadres solides et éprouvés pour tenir l’assise, le nécessaire encrage, et bien ce seront le bassiste Thomas Morgan et le capé Joey baron à la batterie qui endosseront ce rôle.
Une nouvelle fois un superbe album signé Tzadik, à écouter !