Rob Brown Quartet – Oblongata – (2023)
Encore un album RogueArt, un label aux allures austères et à la musique souvent hors-normes, déjantée, portée vers le free jazz. Pour le moins le contenant tranche avec le contenu, pour autant les Cds sont assez chics, avec textes, photos et détails utiles.
L’Etasunien Rob Brown est un saxophoniste jouant de l’alto, également flûtiste. Son quartet ne manque pas d’allure puis qu’y figurent Steve Swell au trombone dont on a parlé il y a peu, Chris Lightcap à la contrebasse et Chad Taylor à la batterie, ce dernier possède sans doute la plus forte renommée, ce qui signifie qu’il a su saisir plus d’opportunités.
Rob Brown fait partie certainement des plus grands de l’instrument, il impressionne ses pairs par sa vélocité et son adaptabilité. Il a fréquenté les plus grandes écoles de musique, jusqu’à arriver à cette grande maturité qui lui autorise à peu près tout. Sa manière le porte pourtant vers les musiques les plus tordues, souvent anguleuses, qui peuvent évoquer parfois Steve Lacy, bien qu’il joue de l’alto.
Il y a une heure de musique ici, répartie en neuf pièces, de quoi comprendre à qui nous avons véritablement affaire, une fois bien compris que les quatre sont des monstres, il reste à mesurer l’étendue des dégâts. Les redoutables jouent la partie ensemble, branchés sur le même feeling, l’alto et le trombone conversent avec facilité, se répondant, l’un secouant l’autre et l’autre le taquinant.
La section rythmique n’est pas dissociable de l’ensemble, bien qu’elle semble sans cesse s’échapper de la loi commune et bien établie depuis soixante-dix ans. Ici ça secoue dans tous les sens et la batterie semble jouer en solo, bien qu’arrimée indéfectiblement à l’ensemble. Probablement la basse joue-t-elle un rôle central et cimente-t-elle l’édifice depuis les profondeurs, jusqu’aux cimes.
Et puis il y a la flûte, elle arrive sur « Waving Around The Corner » la cinquième pièce, légère et fragile, elle s’élève dans l’air. Rob en joue sans ostentation, en cherchant le timbre juste, plutôt que la vélocité, il s’égaye à discourir avec le trombone et sa grosse voix, mutin passereau qui tournoie et virevolte… Lui succède ensuite le très solide « Oblongata ».
Vraiment un album costaud, une référence, de celui qui côtoie la musique de Steve Lacy, Matthew Shipp ou William Parker, ce jazz cherchant, irréductible et toujours en quête…